S M E T A P Rivière Dordogne
SYNDICAT MIXTE D'ETUDES ET DE TRAVAUX POUR L'AMÉNAGEMENT ET LA PROTECTION DE LA RIVIÈRE DORDOGNE















Agriculture et environnement

La Relation Agriculture - Environnement :
Quels problèmes et quels atouts ?

Extraits du Stage de D.E.S.S. "Agriculture et Environnement", 
École Nationale Supérieure d'Agronomie de Toulouse
Laurence Bourdin Février à Juin 95



I- PRESENTATION
- Cas particulier de la région sarladaise
- La problématique agriculture - environnement en Périgord aujourd'hui
- Actions menées par le Syndicat des Berges
- Définition de l'étude à réaliser

II- MÉTHODOLOGIE
II 1- ÉLABORATION D'UN PLAN DE TRAVAIL
II 2- CONTACT DE PARTENAIRES
II 3- CONSTITUTION D'UNE BIBLIOGRAPHIE
II 4- L'ENQUÊTE
II 5- CONTACTS AVEC D'AUTRES STRUCTURES AYANT MIS EN OEUVRE DES OPÉRATIONS AGRI-ENVIRONNEMENTALES

III- LES RÉSULTATS OBTENUS
III 1- LES RÉSULTATS DE L'ENQUÊTE
III 2- LA PERCEPTION DU SYNDICAT ET DE SES ACTIONS
III 3- LES RÉSULTATS DE L'INFORMATION OU LES PRÉMICES D'UNE DYNAMIQUE AGRI-ENVIRONNEMENTALE FUTURE

IV- LES LIMITES DE L'ÉTUDE ET DES RÉSULTATS

I- PRESENTATION

- Cas particulier de la région sarladaise :

En Sarladais, le système traditionnel d'exploitation est l'association tabac-élevage (principalement bovin, lait ou viande) avec des productions nécessaires à l'alimentation du bétail (prairies, céréales, plus récemment maïs).

Le tabac a toujours été la culture à très forte plus-value pour l'agriculteur (en Sarladais, Bergeracois et vallée de l'Isle). Il doit satisfaire aux exigences de qualité requises par l'acheteur (rappelons que la SEITA est installée à Bergerac depuis les années 1920, où un "centre de recherche agronomique dédié au tabac" et devenant plus tard "l'Institut du Tabac" de Bergerac fut créé). Aujourd'hui, et bien que ceci nécessite des équipements supplémentaires (séchage), les producteurs essaient de développer la production de tabac blond, qui présente plus de débouchés que le tabac brun sur le marché actuel. Cependant, en 1990, sur 1750 ha de tabac plantés en Dordogne, plus de 1400 l'étaient encore en tabac brun.
Sur les recensements agricoles, les cultures de tabac sont incluses dans la rubrique "autres cultures industrielles".

D'autres productions à forte plus-value se sont développées récemment dans la région sarladaise, comme la fraisiculture, la culture d'asperges ou de kiwis.

En ce qui concerne l'élevage, il y a une inversion progressive au niveau du cheptel bovin entre vaches laitières et vaches allaitantes. Ces deux catégories rassemblées diminuent ainsi que le cheptel ovin, au profit du développement des élevages gras (très sensible sur les communes qui nous concernent) ou porcins (plus visible à l'échelle de la région : 47135 bêtes en 88 contre 37517 en 79).



- La problématique agriculture - environnement en Périgord aujourd'hui

Au sujet de la politique agricole de la vallée de la Dordogne, E.P.I.DOR a fait ressortir "deux problématiques apparemment contradictoires " assez représentatives des résultats obtenus lors du stage :
- "l'intensification " qui "génère des nuisances sur le milieu" (pollution des eaux et des sols par les engrais et les pesticides, stockage des plastiques agricoles sans possibilité de traitement, mise en péril de la stabilité des berges et pertes de terrains par érosion) "incompatibles avec les objectifs de qualité souhaités ", notamment pour le tourisme, très tôt développé dans cette zone du département,
- "des phénomènes de déprise ", dont les conséquences sont entre autres le "développement de friches, l'abandon de chemins, la dégradation des paysages, la banalisation des milieux ".

Nous voyons donc que dans la relation Agriculture - Environnement, sujet de l'étude réalisée pendant ce stage, nous aurons à traiter deux axes : celle des nuisances induites par l'agriculture sur le milieu, et d'autre part, le rôle positif que l'agriculture joue dans l'entretien de l'espace.

Ce dernier doit par ailleurs servir à la fois de cadre de vie et d'emploi pour la population permanente locale, et de support à une valorisation touristique.
Notons à ce sujet que sur les 1,5 millions de visiteurs traversant la Dordogne, au moins 1 million vient en Sarladais, qu'il s'agit d'une clientèle française et étrangère à la recherche d'un cadre à l'aspect "naturel et traditionnel" mais aussi "pratique et bien équipé pour le tourisme".
Enfin le tourisme représente le second poste économique du département de la Dordogne, après l'agriculture justement !

- Actions menées par le Syndicat des Berges

Ce Syndicat est un syndicat classique de rivière, regroupant 5 communes qui ont du faire face à d'importantes divagations de la Dordogne
Depuis 1989, suite aux conclusions de deux études, l'une du CEMAGREF Bordeaux et l'autre du CNRS / CEER Toulouse, les axes d'actions sont :

- l'incitation des propriétaires privés à créer une "zone tampon", prairie et ripisylve entre la berge et les terres cultivées ; les plans pour le reboisement (aulnes, frênes, merisiers, saules, robiniers faux acacias, noyers...) et la plantation sont ainsi pris en charge par le syndicat, le particulier qui reste propriétaire de son terrain et de ses arbres, n'a que l'entretien à assurer (demande FGER);

- la restauration d'habitats piscicoles, notamment de "couasnes" ou bras morts, présentant un intérêt aujourd'hui démontré pour la reproduction piscicole ;

- l'utilisation de techniques nouvelles de stabilisation, faisant appel à des matériaux "naturels", techniques de génie végétal, (plantations avec un système racinaire approprié, pieux vivants...).

Le Syndicat Intercommunal des Berges emploie aujourdhui, pour la réalisation des travaux sur le terrain, un technicien de rivière à temps plein, qui encadre sur les chantiers une équipe de 15 personnes en contrat emploi solidarité, ainsi qu'une secrétaire à mi-temps.



Parallèlement, et parce que la communication sur le projet avec les agriculteurs posa tout de suite problème, le syndicat demanda au Groupement Départemental des CIVAM d'assurer l'information sur le projet de restauration des berges, des outils utilisés et des actions engagées (information sur les aides au reboisement par exemple).
Le CIVAM "Berges" fut ainsi constitué (une vingtaine d'adhérents, pratiquement tous habitants du Coux & Bigaroque), et des réunions publiques d'information furent organisées à Siorac et au Coux principalement.

Le site du Syndicat des Berges a été sélectionné avec une vingtaine d'autres sites pour l'élaboration, dans le cadre des mesures agri-environnementales, d'un programme national méthodologique de formation et de sensibilisation. Les sites retenus sont ceux où la mise en place de mesures environnementales a été associée à une formation des agriculteurs. Il s'agit, en faisant régulièrement le point sur ces sites pilotes, de déterminer une "méthodologie" pour les actions de formation aux agriculteurs en matière d'agri-environnement.



- Définition de l'étude à réaliser

La politique d'intervention et d'aménagement du Syndicat est basée, comme nous l'avons vu, sur la prise en compte des caractéristiques physiques et chimiques naturelles du cours d'eau et de ses berges. Si certaines contraintes ne peuvent être, de façon raisonnable, qu'acceptées, d'autres, d'origine anthropique, peuvent être contrôlées et améliorées.
C'est ainsi que le syndicat s'est interrogé - après avoir soulevé le problème de l'insuffisance des installations d'épuration de certaines communes, ou celui des rejets industriels - sur les impacts de l'activité agricole sur le cours d'eau et les sols de la vallée.

Or, l'implication des agriculteurs dans le projet du syndicat n'a pas été dès le début massive. De fausses informations sur les objectifs du Syndicat ont même circulé (on a notamment parlé "d'expropriation des propriétaires"), augmentant la méfiance voire l'hostilité de la profession.
Bien que certains agriculteurs demandent à être aidés pour replanter des arbres en bordure de la rivière, la plupart des plantations réalisées ont surtout lieu chez des propriétaires riverains non agriculteurs.
De plus, il paraissait important de pouvoir mettre en oeuvre d'autres types de mesures permettant aux agriculteurs de plus s'impliquer dans la relation agriculture-environnement.

Il était donc opportun, à un moment où l'application des mesures agri-environnementales se généralise par le biais des D.D.A.F. et les Chambres d'agriculture :

de connaître l'opinion en 1995 des agriculteurs du secteur du syndicat intercommunal, sur la relation Agriculture-Environnement,
de qualifier et quantifier les évolutions de leur conception et de leurs pratiques, depuis le début des travaux de restauration et de replantation du syndicat,
de diffuser une information exacte sur les actions passées, présentes et futures du syndicat, ainsi que sur les mesures et les aides en matière d'agri-environnement,
enfin, d'amorcer une sensibilisation pour l'évolution des pratiques agricoles, afin de les rendre plus compatibles avec les actions d'aménagement et de protection des berges de la Dordogne, et plus généralement avec la protection et l'entretien du milieu.

II- MÉTHODOLOGIE

II 1- ÉLABORATION D'UN PLAN DE TRAVAIL

Reprécisons tout d'abord que seul le volet agricole devait être abordé pendant cette étude. Mais en ne considérant que ce volet, il était néanmoins nécessaire de se fixer des objectifs plus précis, en correspondance avec la durée du stage (4 mois sur le terrain), les besoins et l'état d'avancement des actions du syndicat, et la disponibilité des partenaires (autres animateurs du secteur, agriculteurs, élus...).



C'est ainsi que l'étude a été divisée en plusieurs étapes parallèles ou successives :

1) Prise de contact avec les différents acteurs locaux (élus, structures professionnelles agricoles, Conseil général, services de l'État et du département après les avoir répertoriés : 1er mois.

2) Constitution d'une bibliographie sur la réglementation en matière d'agri-environnement : essentiellement les 2 premiers mois, avec remise à jour tout au long du stage.

3) Recherche de contacts intra et extra départementaux, pour exemple de mise en oeuvre de mesures agri-environnementales, de type CEE (règlement CEE 2078/92 du 30/06/92) ou autres initiatives dans les mêmes domaines.

4) Enquêtes individuelles, auprès des agriculteurs, après avoir constitué un échantillon représentatif et avoir élaboré un questionnaire spécifique, sur leur perception des relations entre agriculture et environnement : avril-mai-juin.

5) Information aux agriculteurs, sous forme de réunions, sur les possibilités en matière d'agri-environnement : tout au long du stage, en fonction des informations recueillies et de la demande.

Pour la réalisation de cette enquête et son exploitation, nous nous sommes inspirés de la méthode "Prospective et Développement de Territoire" de François Plassard (Fédération Nationale des CIVAM) grâce à une session de formation d'une semaine avec étude d'un cas concret (syndicat intercommunal de Saussignac -Razac, Dordogne - avril 95).



II 2- CONTACT DES PARTENAIRES

Pour connaître le contexte politique, économique et social du secteur, il était nécessaire de rencontrer tout d'abord les élus locaux, donc les maires des 4 communes du syndicat intercommunal. Avec eux, nous avons analysé l'implication de la commune dans le syndicat et la perception des actions de ce dernier par la population de la commune.
D'autre part, les maires et les conseillers municipaux sont les personnes privilégiées pour informer de la situation de l'agriculture (nombre d'exploitations, nombre d'agriculteurs, surface utilisée par l'agriculture, évolution au cours des dernières années...) dans leurs communes. Ils ont été les personnes ressources pour le choix des agriculteurs à enquêter.
Tous ont rapporté la même tendance quant à l'évolution de l'agriculture dans leurs communes : le nombre d'exploitations décroît d'année en année et le problème de départs en retraite s'impose de plus en plus. Tous reconnaissent la nécessité du maintien de l'agriculture dans leurs communes et leur volonté d'inciter des jeunes agriculteurs à s'installer. Cependant, au cours de l'enquête, un conflit est apparu entre les agriculteurs d'une commune et le conseil municipal qui venait de voter un avis favorable à l'installation d'un complexe touristique sur des terrains jusqu'alors loués à des agriculteurs.
Mais dans l'ensemble, les agriculteurs sont assez représentés au sein des conseils municipaux pour pouvoir défendre leurs intérêts. Aucun conflit social n'est visible entre agriculteurs et autres catégories de la population des communes, même si quelques tensions ont pu se produire en relation avec un conflit d'usage entre activités agricoles, tourisme, résidences secondaires !
Pour appréhender la situation agricole du secteur et connaître les politiques agricoles mises en oeuvre au niveau départemental, il était impératif de prendre contact avec les représentants des organisations professionnelles agricoles.
Monsieur LAVERGNE de la Chambre d'Agriculture (C.R.D.A. de Sarlat), responsable du suivi des mesures agri-environnementales, Monsieur LAVAL, responsable du C.R.D.A . de Sarlat, et Melle DELPOND, technicienne du secteur ont donc été contactées.
Avec Mr LAVERGNE, nous avons plus précisément analysé les mesures mises en place en Dordogne et la position de la Chambre d'Agriculture concernant ces mesures et leur applicabilité en fonction des caractéristiques agri-environnementales du département. Comme nous l'avons vu au §I-2, la problématique agri-environnementale du département est semblable à celle de beaucoup d'autres régions : d'une part l'abandon de l'agriculture dans certains secteurs (zones de coteaux par exemple, et plus généralement les terres difficiles à travailler) entraînant le développement de friches, et d'autre part l'intensification ou l'abandon de certaines production (prairies naturelles) pour des problèmes de rentabilité.
En Dordogne, les mesures de type "opération locale" sont plus facilement mises en oeuvre car elles peuvent "plus facilement être adaptées à la réalité du terrain". Elles sont au nombre de trois aujourd'hui : "Lutte contre la déprise agricole en Périgord vert", "Préservation des clairières dans le paysage forestier de la Double", "Gestion partenariale de la vallée de l'Énéa".
La dernière mesure est celle dont la problématique se rapproche le plus avec celle du secteur du Syndicat ; il s'agit en effet de préserver la qualité des eaux et des paysages. Par ailleurs, l'Énéa est un petit cours d'eau à l'est de Sarlat, donc dans un contexte géographique très proche du notre. La différence de taille du cours d'eau reste le principal obstacle à la transposition de la méthodologie employée.

Pour ce qui est des mesures à cahier des charges national, la Chambre d'Agriculture (en accord avec la DDAF, officiellement chargée par les textes de l'application au niveau départemental de ces mesures) a décidé de prendre les priorités suivantes :
- encourager les efforts faits par les éleveurs du département pour continuer à extensifier l'élevage ; la mesure "extensification de l'élevage" apparaît donc comme la suite logique à la "prime à l'herbe" ;
- protéger les captages d'alimentation en eau potable, grâce aux mesures "retrait à long terme" et "reconversion des terres arables en élevages extensifs" surtout, la mesure "réduction d'intrants" étant jugée trop difficile d'application pour le moment.
Au-delà de l'incitation financière, les responsables de la Chambre d'Agriculture espèrent induire progressivement des "changements d'habitude et de pratiques des agriculteurs" (propos recueillis auprès de Mr LAVERGNE).

La mise en oeuvre des mesures agri-environnementales est assurée conjointement en Dordogne par :

- la Chambre d'Agriculture pour la partie information et sensibilisation
- la D.D.A.F. : définition des périmètres prioritaires et coordination entre les options retenues au niveau régional et au niveau départemental
- le C.N.A.S.E.A. pour la constitution des dossiers et la souscription de contrats par les agriculteurs.
Il semble que ces deux derniers services préfèrent travailler directement avec la Chambre d'Agriculture, n'étant pas habitués à l'implication d'une structure territoriale dans une problématique agri-environnementale.

Le principal interlocuteur fut alors Mme Valleret à la D.R.A.F. Aquitaine, chargée des dossiers agri-environnement et Mr Papacotsia de la DIREN.

Il était également intéressant d'interroger les responsables de l'Agence de l'Eau Adour-Garonne, sur la politique de l'agence en matière d'agri-environnement, et notamment leur position quant aux aides accordées aux agriculteurs dans ce secteur. Plus précisément la question du cofinancement à hauteur de 25% par une collectivité territoriale pour certaines mesures (reconversion des terres arables en herbages extensifs ou retrait à long terme) a été soulevée ; l'Agence semblerait tout à fait prête à participer à ce cofinancement, dans la mesure où les actions ainsi engagées sont compatibles avec son programme de réduction des nuisances agricoles et de protection de la qualité des eaux.


II 3- CONSTITUTION D'UNE BIBLIOGRAPHIE

Il nous aura fallu rassembler deux types de documents pour la réalisation de cette étude.
Tout d'abord des documents scientifiques sur les milieux et écosystèmes aquatiques de rivière, des ouvrages sur les techniques de restauration des berges étaient nécessaires pour comprendre le fonctionnement de tels écosystèmes et les impacts des activités humaines telles que l'agriculture.
Pour la réalisation de l'enquête et son exploitation, nous aurons recherché divers documents sur les techniques d'enquête ainsi que des mémoires rédigés sur le milieu agricole et ses rapports avec les préoccupations environnementales.
Nous avions d'autre part à développer tout le volet réglementaire et financier existant en matière d'agri-environnement.

Au niveau réglementaire, nous avons cherché à faire le point sur l'ensemble des textes existants en matière d'agri-environnement et sur les aides qui en découlaient (cf tableau page suivante).
Puis dans un second temps, nous avons cherché à savoir plus précisément ce qui se rapportait à la protection et à la gestion des zones de rivière, ainsi que ce qui pouvait être appliqué dans notre cas (interprétation de textes au niveau local, arrêtés préfectoraux, politique régionale et départementale, voire communale...).

Nous nous sommes concentrés sur les mesures dont les modalités d'application étaient déjà établies (ce qui n'était pas encore le cas pour le FGER par exemple).

C'est ainsi que la piste des mesures agri-environnementales, du PDR et des aides au reboisement ont été celles pour lesquelles nous avons cherché à connaître le plus de détails.



II 4- L'ENQUÊTE

- les objectifs :
* Comprendre la représentation des agriculteurs sur la fonction de l'agriculture dans la société d'aujourd'hui, que ce soit d'un point de vue économique, social, politique, et notamment le rôle que cette agriculture pouvait jouer en matière de gestion, voire de protection de l'"environnement" (après avoir défini avec eux ce terme) .
* Quantifier et qualifier les représentations de la relation agriculture - environnement par la profession agricole.
* Connaître ce qui leur semble être des handicaps pour l'avenir, ce qui revient à comprendre leurs besoins.
* Recenser également les atouts qui peuvent être exploités, ou modifiés afin de les faire subsister.

Pour les deux derniers points, nous nous attacherons essentiellement aux obstacles et aux atouts pour l'implication des agriculteurs dans la relation agriculture - environnement.

- Mode d'enquête :
Nous avons opté pour les entretiens individuels, qui permettent aux agriculteurs de livrer leurs impressions personnelles sans avoir à défendre une quelconque position plus reconnue par l'ensemble de la profession, mais différente de la leur.
(A ce sujet, il est intéressant de dire que nous avons nettement remarqué la différence d'attitude et de prise de position sur les mêmes sujets par un agriculteur consulté individuellement puis en réunion publique !)
L'entretien se passait chez l'agriculteur, à une heure décidée à l'avance par téléphone; le questionnaire était prévu pour une durée de 1 heure, l'entretien ne se prolongeait au-delà que si l'agriculteur, intéressé par les sujets abordés, désirait poursuivre la conversation.
En fonction des objectifs recherchés à travers cette enquête, il fallait pouvoir aborder certains thèmes précis avec les agriculteurs. Une "grille" de questions a donc été établie, avec pour principe de partir d'une démarche la moins directive possible au départ de chaque thème, puis d'affiner les questions en fonction des réponses faites.
Par exemple, pour la question "Que représente pour vous les relations entre agriculture et environnement ?", nous laissions l'agriculteur donner ses propres idées sans rien lui proposer pour ne pas l'influencer, puis, si cela n'apparaissait pas clairement dans ses réponses, nous lui demandions de donner ses trois priorités parmi les dix rubriques proposées, ce qui fut ensuite traité de façon statistique.
Très rapidement, nous avons abandonné certaines questions, dont les réponses étaient naturellement données au cours de la discussion, alors que la personne "bloquait" sur la question formulée (exemple : question sur la place de l'agriculteur aujourd'hui).

 AGRICULTURE & ENVIRONNEMENT
Enquête sur le Syndicat intercommunal des Berges de Siorac en Périgord et ses environs
Date :

Nom & adresse de l'exploitant :

A/ Votre exploitation

type superficie emplacement (par rapport à la rivière) de:
cultures
élevages
prairies
boisements
jachères

B/ Agriculture & Environnement: quelles relations jusqu'à aujourd'hui?

1 Quelle est, selon vous, la place de l'agriculture dans la société d'aujourd'hui ?
2. Et celle des agriculteurs ?

3. On parle aujourd'hui des rapports entre l'agriculture et l'environnement ; qu'est-ce que cela représente pour vous ?
Classer par ordre d'importance décroissant :
réduction des apports chimiques très toxiques extensification
sauvegarde de la fertilité des sols entretien du paysage
meilleure gestion de la fertilisation lutte intégrée
lutte contre l'érosion agriculture bio
lutte contre les crues valoris° des déchets
4. A propos du syndicat intercommunal des berges :
a. Que connaissez-vous de ses activités ?
b. Quels sont, d'après vous, les points positifs ?
c. Les points négatifs ?
5. A propos des travaux sur les berges :
a. Cela a-t-il permis des rencontres (voire le dialogue) entre agriculteurs et autres utilisateurs de la Dordogne (pêcheurs, promeneurs, professionnels du tourisme...) ?
b. Pensez-vous avoir appris des choses nouvelles sur les rapports entre l'agriculture et l'environnement ?
c. Cela a-t-il induit des modifications dans vos pratiques agricoles ?

C/ Le couple Agriculture - Environnement à l'avenir ...

1. Quel rôle avez-vous envie de jouer pour votre environnement immédiat (échelle communale jusqu'à départementale) :
a. environnement humain (social, économique, politique...) ?
b. environnement naturel ?

2. Quelles sont les grandes évolutions futures que vous prévoyez pour l'agriculture :
a. nombre d'agriculteurs et superficie occupée par l'agriculture en France ?
b. proportion élevage/cultures/bois et types de productions ?
c. diversification d'activités ?

3. Pensez-vous que la gestion de l'Environnement puisse être créatrice de nouvelles activités (et de revenus) pour les agriculteurs ?

4. De quoi les agriculteurs auraient-ils besoin pour s'impliquer dans la gestion de leur environnement (temps, argent, formation, encadrement, regroupement...)?
a. Que connaissez-vous des mesures agri-environnementales ?
Vous semblent-elles bien adaptées pour l'implication des agriculteurs dans la gestion de l'environnement ?
b. Pensez-vous que la jachère puisse être utilisée dans la gestion ou la protection de l'Environnement ?

5. Pensez-vous que l'adhésion des agriculteurs à la gestion de l'Environnement puisse
a. leur permettre d'avoir une nouvelle place dans la société ?
b. éviter, plus largement, la désertification du milieu rural ?


Dans cette grille d'enquête, nous pouvons distinguer trois grandes parties traitées dans cet ordre :

* présentation de l'exploitation
* évolution des pratiques agricoles jusqu'à nos jours et impact de la création du syndicat
* prospective d'évolution pour l'agriculture.

Choix des agriculteurs :

Le périmètre couvert est celui du syndicat intercommunal et sa périphérie (afin de mesurer l'influence de la structure intercommunale et de ses projets sur l'opinion des gens enquêtés).
Les relais qui nous ont permis de prendre contact avec des agriculteurs sont principalement les maires ou conseillers municipaux des communes. Les adhérents du CIVAM Berges ont été tous interrogés.

Dans l'échantillon d'agriculteurs, nous avons veillé à ce qu'il y ait à la fois :
- des riverains et non riverains,
- des personnes favorables ou non aux l'activités du syndicat
mais uniquement des agriculteurs exploitants.

Traitement de l'enquête :

Étant donné le caractère quasi non directif de l'enquête, peu de traitements statistiques ont pu être réalisés. C'est donc une exploitation questionnaire par questionnaire qui a été mise en oeuvre, avec une grille d'exploitation, permettant d'extraire de chaque enquête les réponses à des points donnés :

- typologie des exploitations du secteur
- représentation des relations entre agriculture et environnement, en distinguant ce qui concerne :
. la gestion de l'espace
. l'évolution des pratiques agricoles
- les problèmes apparus
- les atouts, pour le présent et dans le futur
- la perception de l'action du Syndicat



II 5- CONTACTS AVEC D'AUTRES STRUCTURES AYANT MIS EN OEUVRE DES OPÉRATIONS AGRI-ENVIRONNEMENTALES

Nous avons déjà précisé que parmi les différents outils existants en matière d'agri-environnement, nous avions privilégié dans nos recherches la piste des mesures C.E.E. agri-environnementales.
C'est ainsi que nous avons voulu contacter d'autres sites où de telles mesures avaient déjà été mises en place. Pour cela nous avons pris contact avec les DRAF Aquitaine et Midi Pyrénée.

Nous recherchions des sites où les mesures étaient mises en oeuvre pour la protection de cours d'eau.
Le but était de connaître en détail la procédure d'application des mesures dans un cas similaire au notre, les difficultés rencontrées et les solutions trouvées. Après avoir analysé les ressemblances et les différences entre chaque exemple rencontré et notre projet, nous pouvions déterminer les paramètres limitants à la mise en oeuvre et à la réussite de l'opération dont il faudrait nous affranchir. Ces exemples pouvaient également être des sites de visite pour le groupe local voulant mettre en place de telles mesures. (Nous citerons à ce sujet la phrase d'un agriculteur enquêté : " Je crois en la valeur de l'exemple. " )

C'est ainsi que nous avons contacté la D.D.A.F. du Lot et Garonne et celle du Tarn et Garonne.

Dans le Lot et Garonne, les mesures "retrait à long terme" et "reconversion des terres arables en herbage extensifs" ont été appliquées pour la protection des eaux et ce sur l'ensemble du département, aucun secteur prioritaire en ce qui concerne la qualité des eaux n'ayant pu être sélectionné. En avril, un seul contrat avait été souscrit; la responsable de la D.D.A.F. pour ce dossier a insisté sur l'importance de l'information et de l'animation.

Dans le Tarn et Garonne, la mesure "retrait à long terme" a été appliquée pour la protection de deux lacs présentant un intérêt avicole. Il s'agit d'implanter des bandes de 10 À 25 mètres enherbées ou reboisées avec des espèces locales, deux tiers du territoire prévu a été couvert par la mesure. Dans ce même département, la mesure a été suivie par une Société d'Économie Mixte " Environnement".
Deux autres opérations ont été également lancées: "
- " réduction des intrants" et "reconversion des terres arables en herbages extensifs " pour la protection d'un captage d'eau concernant un périmètre de 600 hectares ; 80% du territoire a été couvert grâce à des moyens importants mis en oeuvre : un poste et demi à temps plein pour l'animation ;
- "reconversion des terres arables " pour quatre grands cours d'eau et leurs bassins versants ; du fait d'une animation beaucoup moins importante, cette opération ne connaît pas le même succès.
Les animateurs de la S.E.M. et de la DDAF contactés ont expliqué le succès de la mise en oeuvre de ses différentes mesures dans ce département par le fait qu'une sensibilisation aux problèmes agri-environnementaux a été faite auprès des agriculteurs depuis plusieurs années (avant le lancement des mesures CEE), et des opérations "pilotes" déjà menées dans ces domaines. D'autres part, les opérations ont été lancées de préférence avec des groupes d'agriculteurs "demandeurs" de telles mesures.

Que peut-on retirer de l'analyse de ces deux départements pour le cas qui nous intéresse en Dordogne?

a) Le succès des mesures agri-environnementales dépend directement des moyens d'animation mis en oeuvre.
b) Une sensibilisation à long terme et préalable au lancement d'une opération est nécessaire.
c) Le territoire concerné ainsi que l'objectif de la mise en place de ces mesures doivent être clairement circonscrits.
d) Il est préférable, autant que possible de travailler au départ avec un groupe d'agriculteurs sensibilisés à de telles mesures agri-environnementales, et ayant déjà pris la décision de modifier une partie de leurs pratiques. Une fois l'opération lancée et les premières preuves faites, les autres agriculteurs seront plus facilement convaincus de la pertinence d'une telle opération et prêts à y participer.



III- LES RÉSULTATS OBTENUS

III 1- LES RÉSULTATS DE L'ENQUÊTE

Les résultats de cette enquête ont été communiqués à la fin du travail sur le terrain fin juin, à l'ensemble des agriculteurs enquêtés, les animateurs locaux, les représentants de la profession agricole et les élus locaux, lors d'une réunion de restitution à la salle polyvalente de Siorac en Périgord.
Lors de cette réunion quatre points ont été abordés :

1) l'activité agricole locale aujourd'hui : cette première partie utilisant les résultats bruts de l'enquête a permis de considérer, avec plus de précision que les statistiques agricoles départementaux, la situation agricole locale et ses spécificités.

2) La relation agriculture environnement : il s'agit ici de faire le point sur la représentation des agriculteurs sur ce thème.

3) Les problèmes qui se posent aux agriculteurs : toujours à partir de l'analyse des enquêtes, le but est cette fois d'analyser les craintes, les difficultés réelles qui se posent aux agriculteurs localement, notamment en ce qui concerne leur implication dans les projets à caractère environnemental.

4) Des atouts à exploiter : après l'analyse des difficultés, l'enquête aura permis de mettre en relief un certain nombre d'atouts dont les agriculteurs et les responsables locaux n'ont plus toujours connaissance mais qui peuvent représenter des solutions aux problèmes que connaît l'agriculture localement.

1) L'activité agricole locale aujourd'hui

* agriculteurs contactés : 30, riverains ou non, sur les communes de Siorac en Périgord, le Coux et Bigaroque, Urval, le Buisson, Paleyrac, Mouzens, St Cyprien.

* 3 grands types d'exploitations apparaissent :
- traditionnelle : élevage - tabac - maïs
- tabac - maïs sans élevage
- productions spécifiques (le plus souvent couplées avec l'une des deux autres)

On peut y rajouter une activité sylvicole plus ou moins importante selon les propriétés, quand elle n'est pas l'activité principale (au moins 2 des exploitations visitées).
Nous mettrons également à part les entreprises d'horticulture- pépinière
(2 également).

* surface moyenne des exploitations : 40-50 ha

* surfaces gelées, pour les exploitations enquêtées (sur les 6 communes): 70 ha environ
(pour les trois communes de Siorac, le Coux et le Buisson, les statistiques DDAF 24 donnent 87 ha de jachère au total).

Mettons en corrélation les parcelles riveraines en culture et les surfaces gelées sur les mêmes exploitations : il apparaît que 3600m linéaires de berges sont à terme plus ou moins menacées car l'espace entre le talus et les cultures est insuffisant. Or on pourrait, en utilisant la jachère pratiquée sur certaines des exploitations (pour 2500m linéaire environ), introduire une bande, même étroite, d'herbage ou de boisement, pour consolider le talus et créer une zone de dépollution naturelle en aval de la rivière.

2/ La relation Agriculture / Environnement

* Comment les agriculteurs ont-ils explicité le terme "environnement"
La plupart des personnes contactées l'ont explicité comme étant "ce qui nous entoure" (habitants, bâtiments, environnement végétal cultivé ou naturel...).
Certains ont évoqué à ce propos, les problèmes de voisinage entre nouveaux habitants (retraités, résidents secondaires...) et les activités agricoles.
D'un autre côté, l'arrivée de nouveaux habitants permet l'entretien et la rénovation du patrimoine bâti.

Avant d'analyser les résultats du tableau, il est intéressant de rapporter quelques réactions lors de l'enquête :

- "Faut-il vraiment lutter contre les crues, ça ne dure que 15 jours ?"... le grand problème qui apparaît est celui des clôtures!
- "L'agriculture bio., la lutte intégrée, je n'y crois pas !"... est-ce vraiment une question de foi?
- "L'agriculture est UN des moyens de garder l'environnement... L'éducation, le respect des autres comptent autant".

Le traitement statistique des réponses sur la relation agriculture environnement donne:
- Comme première priorité la réduction des apports chimiques très toxiques (56%) et la meilleur gestion de la fertilisation (50%).
- Comme seconde priorité l'entretient du paysage (44%).

Ce qui nous amène à traiter cette partie sur la relation agriculture environnement selon deux axes :

a) La gestion des intrants

b) L'entretien des espaces

a) la gestion des intrants

I/ Il y a déjà eu prise de conscience et modification de la part des agriculteurs en ce qui concerne la fertilisation azotée. Nous pouvons en effet noter une baisse de 25 à 30% des apports d'azote sur le maïs en 5 ans environ, chez plus de la moitié des exploitants interrogés (sans perte de rendement!).
Les agriculteurs l'expliquent soit par une évolution des connaissances sur la fertilisation et l'irrigation, soit par un manque de rentabilité économique de cette production avec les nouvelles dispositions de la PAC...

II/ Les traitements phytosanitaires

Au cours de l'enquête, différentes approches des impacts de traitements phytosanitaires sont apparues:

- il y a ceux pour qui "on ne peut pas vraiment parler de pollution dans le secteur", parce qu'elle est "ponctuelle dans le temps", parce que "ramenée à la surface boisée celle cultivée est bien moins importante que la moyenne nationale ", parce que les pollutions d'origine agricole sont "minimes comparées aux autres pollutions"...;

- certains reconnaissent que l'emploi de phytosanitaires est mauvais pour le milieu mais "qu'ils sont obligés" : "qu'ils utilisent les produits et les matériels d'application mis sur le marché", ou bien que "les produits moins polluants sont aussi les plus chers", ou encore qu'ils sont obligés de traiter en prévention ou plus qu'il ne serait nécessaire pour "ne pas prendre de risques"...

- enfin d'autres reconnaissent être "inquiets pour la santé humaine" de voir que certains traitements ne sont pas réalisés aux bons moments, ou que les doses ne sont pas respectées, tout en mettant l'accent sur le fait que c'est pour satisfaire une exigence sur "l'apparence des produits" formulée par les acheteurs !

b) l'entretien des espaces

Il est "nécessaire" à l'unanimité :

- pour garder les terres "prêtes à être cultivées", empêcher l'enfrichement,
- parce que c'est un atout pour le tourisme local que d'avoir des beaux paysages, des terres entretenues, avec une alternance de diverses cultures,
- aussi pour assurer la sécurité (incendies, éboulements de berges et talus...),
- enfin, cela peut revêtir un intérêt piscicole (couasne de Bigaroque).

même si tout le monde n'a pas la même perception de l'"entretien" ! Les avis sur cette notion de l'entretien diverge en effet :

- il s'agit pour certain de "faire venir un tracto-pelle une fois tous les 5/10 ans pour curer les fossés"
- pour d'autres de"couper régulièrement sur ses berges pour éviter que les gros arbres ne tombent", et en profiter pour faire du bois de chauffage ?
- mais n'est-ce pas également éviter la recolonisation par les ligneux (genévriers, ajoncs...) des terres de coteaux jusqu'alors en prairies ou en pelouses?

Une chose est sure : " l'agriculture a toujours entretenu l'espace", même si les agriculteurs le faisaient parfois inconsciemment. Mais ça ne pourra continuer que comme "conséquence de la production", qui reste quand même la source de revenus unique des agriculteurs.

Alors qui doit assurer cette fonction d'entretien de l'espace ?

- l'agriculteur s'il est "responsable" des terres qu'il entretient, toujours en partie pour y assurer une production (son exploitation, terres dont il est propriétaire ou locataire). A condition aussi que ça ne diminue pas le revenu global qu'il tire de son exploitation, donc que ce soit associé d'une façon ou d'une autre à une rémunération. De plus, les agriculteurs disent posséder déjà une partie du matériel nécessaire, et peuvent se regrouper pour en acquérir d'autres. Un besoin en formation pour ces nouvelles taches est exprimé ;
- ces besoins d'entretien de l'espace peuvent aussi être l'occasion de créer des emplois pour les jeunes en milieu rural, notamment sur les terres abandonnées par l'agriculture et qui n'ont plus pour le moment la vocation de produire (terres en landes, coteaux trop pauvres...). Certains jeunes agriculteurs se disent prêts également à se reconvertir dans ce genre d'activité exclusivement, "si elle leur permet d'en tirer un revenu correct".

3/ Les problèmes qui se posent aux agriculteurs

a) Problème de communication et d'information
- "Où trouver des renseignements sûrs pour modifier telle ou telle pratique culturale sans prendre de risque, ou le moins possible ?" Les agriculteurs se plaignent également de la diversité quand ce n'est pas de la contradiction des informations qui leur parviennent.
- Dans le même sens, plusieurs versions m'ont été données sur les volontés et les actions du syndicat à la connaissance des agriculteurs ("replanter sur 70m, voir 100m" par exemple...).
- Enfin, pratiquement personne n'avait entendu parler des mesures agri-environnementales.

b) Des doutes sur le bien-fondé des réglementations"Nous sommes de moins en moins libres", et la nouvelle réglementation européenne apparaît comme une nouvelle preuve de cette crainte exprimée par les agriculteurs.
Or nous l'avons vu, pour participer à la gestion de l'environnement, et en considérant qu'économiquement cela soit possible, les agriculteurs ont besoin de se sentir responsables des nouvelles tâches qu'ils auront à accomplir.

c) Une constante recherche d'équilibre financier pour l'exploitation
- Au sujet des cultures : certaines productions locales traditionnelles sont rentables aujourd'hui mais posent un problème de main-d'oeuvre (tabac), d'autres productions ne sont plus économiquement viables (maïs), enfin certaines productions nouvelles ont tendance à se généraliser, posant le problème des débouchés (hier le kiwi, demain la noix ?...).
- Au sujet des aides : elles ne suffisent pas à compenser les pertes de rendements, rien ne pourra être fait pour l'environnement si cela ne permet pas aux agriculteurs de "vivre correctement" ; enfin la jachère est perçue généralement de façon négative, ou exploitée à des fins économiques seulement (gel de parcelles difficiles à exploiter, petites, isolées, éloignées...).

d) Une reprise des terres de plus en plus difficile à assurer
Interrogés sur le devenir de l'agriculture dans la région, notamment sur les coteaux, beaucoup ont évoqué la difficulté de trouver des successeurs pour les terres "peu productives", les "landes" ou terres de coteaux pauvres (il y en a aussi qui sont aussi "riches" que d'autres de plaine).
Pour ces terres que nous pourrions qualifier de "seconde classe", les avis divergent mais une solution revient très souvent : le boisement.
Certains m'ont confié : "il y a moyen de mieux s'en sortir sur les coteaux que dans la plaine" (pratique de l'élevage de chèvres par exemple, moins d'endettement, moyen d'irriguer et les terres "gardent mieux l'humidité"..), d'autant que les productions spécifiques à forte plus value (fraises, asperges...) nécessitent des sols particuliers assez limités dans la plaine, et qu'à l'inverse certaines productions peuvent avoir lieu sur des bonnes terres de coteaux (exemple du tabac parfois aussi bien développé sur les coteaux qu'en plaine, même si le problème du retard de la végétation sur les coteaux avec des terres réchauffées plus tardivement peut poser un problème pour la plantation des jeunes plants ou un retard dans la récolte...Peut-être jouer sur l'exposition et les différences de qualités agronomiques des terres de coteaux). Ainsi pour les terres de coteaux pas spécialement défavorables, l'évolution entrevue dans la région oscille entre le reboisement naturel ou par plantation, le maintien de l'élevage peut-être soutenu économiquement pour assurer l'entretien des terres et des paysages, l'abandon sans valorisation (enfrichement anarchique) ou enfin l'urbanisation (certains avouent qu'ils aimeraient pouvoir vendre comme terrains à bâtir, solution économiquement très intéressante à court terme).

D'une façon générale et que ce soit pour les terres sur coteaux ou en plaine, pour les agriculteurs en fin d'activité, le problème qui se pose est de trouver une solution économiquement valable pour les terres dont ils n'ont plus besoin. Or, beaucoup de jeunes préfèrent aujourd'hui louer qu'acheter, à condition encore que les terres soient "bonnes". Mais beaucoup l'ont dit "c'est plus intéressant aujourd'hui de planter que de louer" (aides à la plantation, exonération de charges, revenus pour la génération suivante).

Il semble donc qu'il y ait un manque d'adéquation entre une demande en terres de la part de jeunes qui s'installent mais qui veulent louer, et les agriculteurs qui partent à la retraite mais qui ne sont pas satisfaits par le système de location de leurs terres.

e) Un équilibre à trouver entre plantations d'arbres et cultures
- Beaucoup de personnes redoutent la compétition exercée par les arbres sur les cultures (ombre, nutriments...). Ainsi, les plantations le long de la "voie de la vallée" ( nouvel axe routier est/ouest le long de la Dordogne entre Sarlat et Bergerac passant par Siorac en Périgord) non prévues au départ ont été très mal acceptées, et ressenties comme une volonté de "faire sans en discuter avec les agriculteurs".
- D'un autre côté, les plantations personnelles à but économique, surtout à court terme (peupliers, noyers...), se multiplient autant dans la vallée que sur les coteaux. Pendant les premières années, le système des inter cultures s'impose de plus en plus (asperges, maïs...).
- Peut-on, à partir de ces constatations, trouver des compromis pour planter ou entretenir la bordure d'arbres servant au maintient des berges et à la réduction des apports polluants dans la rivière ?.

4/ Des atouts à exploiter

a) Comment les mesures agri-environnementales pourraient être utilisées pour résoudre les problèmes évoqués ci-dessus :

I/ Présentation :

Une fiche synthétique sur les différentes mesures agri-environnementales et leurs conditions d'application à été réalisée et présentée aux agriculteurs.
Le but était après avoir pris connaissance de ces différentes mesures, de trouver les solutions adaptées aux réalités locales et de voir comment ces mesures pouvaient être utilisées pour cela. D'où les trois points qui suivent.

II/ Différencier les mesures de "reconversion des terres arables" et celles de "modification des pratiques" :
Lors de cette réunion d'information sur les mesures agri-environnementales organisée pour les agriculteurs du syndicat intercommunal, nous avons distingué deux zones d'exploitation agricole différentes:
- zone bordant la rivière ( jusqu'à 30 mètres ) où la production agricole doit être extensifiée au maximum et la remise en prairie encouragé afin de protéger la stabilité des berges et de créer une zone " tampon " permettant la réduction des nitrates lessivés vers la rivière. Les mesures "retrait à long terme" et " reconversion des terres arables " semblent les mieux adaptées aux objectifs recherchés.
- zone de production ( sur les coteaux et dans la vallée au delà de 30 mètres) où la production agricole doit être maintenue mais avec une incitation à la réduction des intrants.

III/ Une aide différenciée pour les fonctions de production et celles d'entretien

Dans le premier cas, et comme l'ont très souvent exprimé les agriculteurs, il faudrait que "la qualité soit payée", pour compenser d'un point de vue économique mais aussi reconnaître la légitimité de pratiques plus respectueuses de l'environnement et l'effort consenti par les agriculteurs.
Pour les tâches d'entretien sans production, cela peut être considéré comme des prestations de service, dont les primes des mesures agri-environnementales représenteraient le salaire.
Cela peut être un soutien pour les jeunes qui voudront s'installer agriculteurs dans la région, même si cela ne peut être suffisant, car comme l'a dit une des personne interrogée: "il faudra surtout qu'ils aient l'envie".

IV/ Aider au maintien de productions traditionnelles (tabac, lait), pour lesquelles les agriculteurs rencontrent aujourd'hui un problème de main d'oeuvre. Grâce aux nouveaux "groupements d'employeurs", il est aujourd'hui plus facile d'embaucher des salariés agricoles, et surtout de leur assurer une activité tout au long de l'année. En cela, les mesures agri-environnementales, en procurant à l'agriculteur une nouvelle source de revenus et d'activités pourrait être un atout supplémentaire pour l'embauche de personnes sur l'exploitation. De plus, en cumulant des activités de production agricole et d'entretien, ce serait peut-être une façon de rendre les emplois de l'environnement "marchands", c'est-à-dire financièrement indépendant des subventions ? Enfin, beaucoup d'agriculteurs ont manifesté le désir d'être responsables, même dans leurs tâches d'entretien ; la prise en charge et l'encadrement de jeunes par ces derniers, pour les méthodes de production et d'entretien est peut-être un bon élément de réponse à ce point.

V/ Pour mettre en oeuvre ces mesures agri-environnementales (et c'est réalisé dans certains départements comme le Tarn et Garonne), une approche "systémique" (ou globale) de l'exploitation dans le territoire est sans doute essentielle :
- établir un bilan sur les productions actuelles de l'exploitation, des marges dégagées de ces différentes productions, de leur localisation sur l'exploitation ;
- voir sur quels points de la relation Agriculture/Environnement l'agriculteur souhaite s'engager, par volonté ou par nécessité (entretien d'un petit cours d'eau qui traverse l'exploitation, entretien des fossés, des haies, meilleure gestion des intrants, remise en herbage de terres peu productives présentant un intérêt floristique, faunistique ou menacées...) ;
- à partir du croisement des deux types de données, voir quelles mesures sont applicables, sur quelles parcelles, de façon à retrouver un équilibre financier au moins équivalent à celui du départ.

Cela se traduira peut-être, comme c'est déjà le cas sur certaines exploitations, par l'extensification de l'élevage assurant l'entretien des terres, notamment sur les coteaux, et parallèlement le maintien ou l'accroissement des cultures à forte plus-value, même si cela doit rester en cohérence avec l'effort en faveur de l'environnement consenti sur la première partie de l'exploitation (attention à la fertilisation sur les cultures à forte plus-value).
Il faut préciser que très souvent l'application de mesures agri-environnementales, et leur succès, s'accompagnent plus largement de modifications de certaines pratiques culturales : valorisation des déchets et déjections de l'exploitation, rotations, semis d'engrais verts, réorganisation des parcelles et de leur localisation... Le tout pour assurer une cohérence agricole et économique de l'exploitation.

b) Mieux gérer le reboisement

- Pour faire la transition avec la partie précédente, rappelons que la mesure agri-environnementale "retrait à long terme" permet le boisement le long des cours d'eau (sans cumul toutefois avec d'autres aides... Mais il faut voir si cela ne reste pas plus intéressant).

- Quelqu'un m'a dit : "il faut respecter les caractères locaux". Si cela est vrai pour l'habitat, ça l'est aussi pour les boisements. Beaucoup ont, dans cette optique replanté du noyer, mais attention aux débouchés dans le futur, surtout quand il s'agit de noyers à fruits !
Certains m'ont dit que les "alternances de cultures" façonnent les paysages... Là aussi cela reste valable pour les boisements : quel attrait paysager, quel "cachet" touristique pour une vallée plantée essentiellement en peupliers ?

- Bien entendu, c'est souvent le facteur économique qui fait prendre les décisions au sujet des essences, ou plutôt le rapport à court terme... Car chacun sait le prix d'un mètre cube de merisier et de peuplier ! Mais entre une plantation à maturité rapide et une plus longue mais aidée dans le cadre de la gestion de l'espace et des paysages, laquelle devient la plus intéressante ?

- Enfin, il faut insister sur la pratique qui se développe de l'interculture : cela peut être une source de revenus pour l'agriculteur dans un premier temps, mais aussi un modèle de réflexion à partir duquel il peut s'aider pour équilibrer plantations de bois et cultures, à l'échelle de son exploitation, savoir comment les situer les unes par rapport aux autres pour qu'elles ne soient plus en compétition mais complémentaires (exemple système de cultures-abres-élevage en Espagne).

c) Aider les exploitants à expérimenter des nouvelles pratiques culturales, tout en minimisant les risques
Les formations agricoles proposées dans les écoles auront besoin d'intégrer toutes ces notions d'interaction entre agriculture et environnement
Les agriculteurs auront besoin d'être informés, encadrés pour les nouvelles méthodes qu'ils mettront en oeuvre, que ce soit au niveau de leurs techniques de production ou d'entretien de l'espace.
Une caractéristique qui ressort de l'enquête, est qu'ils ont besoin d'avoir des preuves de l'efficacité des méthodes qu'ont leur propose (lutte intégrée, mais aussi stabilisation des berges par des pieux en bois...).
Le regroupement et l'échange d'informations peuvent être des atouts précieux.

d) Renforcer les contacts entre producteurs, fournisseurs, professionnels du tourisme, élus, bref toutes les catégories socioprofessionnelles qui gravitent en milieu rural, de loin ou de près avec l'agriculture. C'est un besoin exprimé par les agriculteurs, et cela peut aussi devenir un atout pour eux, à un moment où l'on demande de plus en plus à l'agriculture de "s'ouvrir" au reste de la société et à ses attentes en matière de cadre de vie et de qualité des produits.
Il leur faut démontrer qu'ils ont la volonté de participer au dynamisme en milieu rural, faire entendre leurs propositions dans une réelle volonté de coopérer, ne pas continuer à donner l'impression que chacun cherche avant tout à défendre ses propres intérêts.

e) Et si la jachère aidait aussi...
Beaucoup auront comme argument que les aides et mesures proposées ne suffisent pas à compenser les pertes de revenus. Si après le diagnostic à l'échelle de l'exploitation, cet argument est toujours à l'ordre du jour, on pourra toujours refaire le calcul en intégrant cette fois la donnée "jachère" ... Et si les pouvoirs acceptaient que la jachère se cumule avec les mesures agri-environnementales (à l'étude déjà), ou bien simplement qu'il existe une prime "bonifiée" pour ceux qui placeraient leur jachère de façon stratégique d'un point de vue environnemental ?



III 2- LA PERCEPTION DU SYNDICAT ET DE SES ACTIONS



Pendant les enquêtes, nous avons cherché à savoir ce que les agriculteurs connaissaient des actions du syndicat et comment ils les jugeaient. De façon à recueillir un avis aussi objectif que possible, nous demandions à la personne enquêtée de classer en points positifs et en points négatifs les actions du syndicat depuis sa création jusqu'à aujourd'hui.
Voici résumé ce qui ressort de l'enquête sur ce sujet :

LES POINTS POSITIFS LES POINTS NÉGATIFS

- bon nettoyage des berges - parfois moins joli que les bosquets
(propreté et aspect visuel) "naturels" d'avant

- l'aménagement de la couasne de - image et discours trop "écolo" !
Bigaroque (milieu plus "sain" et riche
d'un point de vue piscicole)

- aides aux plantations - les arbres plantés en bordure des terres font concurrence aux cultures

- les enrochements (trop peu nombreux au - utilisation de méthodes qui n'ont pas
goût de ceux qui les apprécient) encore fait leurs preuves (techniques
végétales)

- concrétisation de théories - manque de communication et
environnementalistes d'information dès le départ
("on n'a pas assez pris en compte
'expérience des anciens du secteur")

- création d'activité pour les jeunes sans - interrogation sur la bonne utilisation
emploi de la région des fonds publics ("trop d'études")

Nous avons volontairement mis en parallèle des avis dialectiques pour une même rubrique, afin de montrer que les réponses sont très inféodées aux intérêts propres de la personne enquêtée, mais aussi parce que cette approche dialectique doit permettre aux responsables du syndicat de mieux percevoir les compromis à trouver pour pouvoir travailler avec les agriculteurs à l'avenir.

En exemple, prenons le cas de l'aménagement de la couasne de Bigaroque bien perçu par la majorité des agriculteurs locaux et profitons-en pour leur démontrer le bien fondé d'études "écologiques" (c'est-à-dire de l'étude des écosystèmes), qui ont permis dans ce cas-là de recréer une zone de reproduction du poisson.
Pour ce même exemple, ce sont des préoccupations "environnementalistes" au départ qui ont permis l'amélioration de la qualité sanitaire du secteur de la couasne et des habitations alentour! (avant l'aménagement, les eaux qui ne communiquaient plus avec le cours de la rivière présentaient des nuisances olfactives, visuelles et très certainement bactériologiques).

NB: Cette partie sur la perception du syndicat et de ses activités par les agriculteurs n'a pas été retransmise lors de la réunion à Siorac, pour ne pas rappeler les réunions "houleuses" qui avaient eu lieu dans ce même lieu à propos du syndicat au début des années 90, et ne pas faire évoluer à nouveau la discussion en un mouvement de protestation stérile, dans une période post électorale où certains sujets sont "sensibles"!



III 3- LES RÉSULTATS DE L'INFORMATION OU LES PRÉMICES D'UNE DYNAMIQUE AGRI-ENVIRONNEMENTALE FUTURE

Nous ne reviendrons pas sur le travail d'animation et d'information réalisé auprès des agriculteurs sur les mesures agri-environnementales pendant les quatre mois de stage. Cela aura permis d'envisager les solutions applicables en fonction des caractéristiques agri-environnementales du secteur (zone de ripisylve et de cultures intercalées).

Nous rappellerons simplement un point très important développé au § III 1- 4), sur la nécessité de réaliser une étude systémique au niveau de l'exploitation avant d'envisager les mesures applicables sur cette dernière.
Parmi les agriculteurs contactés pendant l'enquête, nous avons noté que certains (moins de cinq pour commencer) étaient intéressés pour participer à cette étape suivante d'analyse au niveau de leur exploitation. Il s'agit d'agriculteurs éleveurs possédant déjà des prairies en bordure de rivière, qui ont également fait évoluer leurs pratiques ces dernières années vers une extensification ou une réduction notable de leurs intrants sur cultures (localisation des apports, rotations...).

Nous espérons également que les résultats de l'enquête sur les attentes des agriculteurs, notamment en matière d'information, seront exploités pour le programme de formation-animation qui doit avoir lieu dans le cadre du programme national méthodologique des mesures agri-environnementales. Cette animation
doit être assurée par l'animatrice CIVAM du CIVAM des berges, et nous comptons sur cette opportunité pour prolonger l'étude qui a été réalisée en un programme d'action avec les agriculteurs les plus motivés au départ.

Enfin, il est apparu à la fin du stage, alors que la Chambre d'Agriculture avait été sollicitée de nombreuses fois pour l'étude, que le syndicat intercommunal des berges et ses actions, même dans des domaines agricoles, soit reconnus par cette dernière. Une proposition de travail en collaboration pour des projets futurs, dans le cadre du F.G.E.R. a même été proposée lors de la réunion de restitution. Espérons que le travail de sensibilisation sur les relations entre agriculture et environnement, réalisé pour les mesures agri-environnementales, servira à une mise en oeuvre plus rapidement comprise et acceptée de ces nouveaux projets de "Gestion de l'Espace Rural".

Cette collaboration entre le syndicat intercommunal des berges, les structures professionnelles agricoles, et les services départementaux devrait donner au syndicat de réels moyens d'intervention dans le domaine agricole, et donc de prolonger son action de protection et de restauration des berges, par une approche globale d'utilisation rationnelle des terres dans la vallée de la Dordogne.


IV- LES LIMITES DE L'ÉTUDE ET DES RÉSULTATS

A la fin de ce travail pour le syndicat intercommunal des berges sur la relation entre agriculture et environnement nous nous devons nous interroger sur les limites des résultats obtenus et les causes de ces limites.

1) Un choix au niveau des outils

Reprécisons tout d'abord que nous n'avons approfondi les recherches que sur certains outils en matière d'agri-environnement. La piste principale a été celle des mesures agri-environnementales ( application du règlement C.E.E. du 30.06.92 N° 2078/92 ) ainsi que les mesures complémentaires proposées dans le cadre des fonds structurels de la C.E.E. ( FEOGA , FEDER ) dans le cadre du PDR.
Les différentes aides au reboisement auront également été prises en compte même si elle sont déjà appliquées dans le cadre des actions engagées par le syndicat depuis quelques années.
De nouvelles mesures nationales et européennes ont été prises récemment en matière d'environnement, d'agriculture et de développement en milieu rural. Leur application devrait induire la mise en place de nouvelles primes individuelles et de nouveaux fonds structurels, tels que le Fonds de Gestion de l'Espace Rural.

Dans cette enchevêtrement de possibilités, l'essentiel est de construire une politique de développement d'un territoire donné cohérente, où les aides se complètent mais ne se rajoutent pas de façon anarchique.

2) Nécessité d'un travail d'équipe

Dans un tel projet, un travail d'équipe entre les animateurs locaux, les élus, les agriculteurs, les représentants de la profession agricole et plus largement les différents acteurs du milieu rural ( entreprises , tourisme, service public , etc ...) est absolument nécessaire, afin que chacun apporte ses connaissances et ses compétences, toutes nécessaires à la réussite d'un tel projet. A l'échelle de notre étude, un travail d'équipe aurait certainement permis la mise en place de mesures sur une ou deux exploitations pilotes. Nous n'avons pu réaliser que la phase d'étude, l'équipe responsable de l'application n'étant pas encore suffisamment constituée.

3) Quelle structure-cadre pour la mise en place de programmes agri-environnementaux ?

Nous pouvons nous interroger sur la pertinence d'un tel travail (et plus largement de tout projet agri-environnemental) au sein d'une structure territoriale.
Le syndicat intercommunal des berges a en effet pour vocation la protection et la restauration des berges de la Dordogne, ce qui c'était traduit jusqu'à présent par des travaux de replantation, de nettoyage, et de stabilisation des berges et de conseil auprès des propriétaires riverains.
Toutes les opérations agri-environnementales sont elles gérées par les services et les organisations agricoles des départements.

Bien que le problème agri-environnemental soit une préoccupation logique à la suite des actions du syndicat intercommunal des berges, le prolongement de l'étude et la mise en place d'opérations avec les agriculteurs devront forcément être gérés, au moins en co-partie, par les structures agricoles citées ci-dessus.

Cette répartition des tâches peut expliquer la difficulté d'obtenir des informations pendant le stage (statistiques agricoles, textes législatifs, arrêtés préfectoraux....) de même que l'impossibilité de créer une véritable équipe de travail pour le projet.

Nous rappellerons également l'impact que peut revêtir une période électorale sur une structure intercommunale, sur la disponibilité de ces acteurs et sur l'avancement de ces projets!
Rajoutons aux préoccupations électorales de certains agriculteurs un calendrier des travaux agricoles très chargé entre avril et juin ( semis, culture de la fraise et replantation de tabac très abondante sur le secteur étudié ).


4) La prise en compte du paramètre temps dans l'exploitation d'un enquête

Lors de l'analyse des enquêtes, le paramètre temps avait une importance toute particulière. En effet, connaître la situation agricole du secteur et la conception des agriculteurs en matière d'agri-environnement à ce jour implique d'une certaine façon de posséder des éléments de comparaison antérieurs sur ces mêmes points.
Or depuis 89 que le syndicat a pris de nouvelles orientations de gestion des berges ( replantation d'arbres, création d'une zone tampon ) aucune étude similaire n'a été réalisée de façon précise.
Nous n'aurons donc pu qu'analyser la situation actuelle, et prendre des éléments de comparaison de nature différente quand ils existaient, pour certains points seulement (statistiques agricoles départementaux, photo aériennes, mémoire populaire!)



5) Aucune typologie des exploitants en matière de perception agri-environnementale

A la fin de la période d'enquête auprès des agriculteurs sur leurs perceptions de la relation agriculture-environnement, la question qui revenait souvent était : "Quels sont ceux qui sont plus sensibles aux problèmes d'environnement : les jeunes ou les plus vieux ?"
En ce qui concerne notre étude, il nous faut préciser qu'aucune typologie des agriculteurs en fonction de leur perception de la relation agriculture environnement n'a été réalisée, et ce de façon volontaire.
D'une part, nous n'avons pas la prétention de déterminer des critères d'âge , de type d'exploitation ou autres (niveau de qualification..) sur ce sujet, les résultats de l'enquête ne nous le permettant d'ailleurs pas. En effet, et contrairement à ce qui pourrait être cru, les jeunes agriculteurs ne sont pas les plus sensibles aux préoccupations environnementales, leur formation n'insistant pas encore sur les méthodes culturales alternatives ou simplement plus respectueuses de l'environnement, mais sur la "rentabilité à tout prix" de leur exploitation (environ 5 jeunes agriculteurs sortant de leur formation auront confirmé cette affirmation lors de l'enquête). Au contraire les agriculteurs proches de la retraite nous ont confié avoir connu les différents "âges" de l'agriculture : travail essentiellement manuel, mécanisation, augmentation des rendements avec les intrants puis les problèmes de surproduction et de pollution. Les problèmes qui apparaissent aujourd'hui leur semble le "prix à payer" pour cette course folle aux rendements ; pour eux, l'évolution des pratiques agricoles vers une extensification et des fonctions d'entretien du milieu sans production à certains endroits leur paraissent comme la suite logique à l'évolution qu'a connu l'agriculture, même si c'est un peu "revenir en arrière"
D'autre part le but recherché à travers cette enquête, n'était pas une classification des exploitants agricoles, mais une analyse de l'activité agricole locale, de ses spécificités, et de ses rapports avec son environnement.

 Extraits du Stage de D.E.S.S. "Agriculture et Environnement",
École Nationale Supérieure d'Agronomie de Toulouse

Laurence Bourdin Février à Juin 95