S M E T A P Rivière Dordogne
SYNDICAT MIXTE D'ETUDES ET DE TRAVAUX POUR L'AMÉNAGEMENT ET LA PROTECTION DE LA RIVIÈRE DORDOGNE















La renouée (Reynoutria sp)


Sources : Agence de l'Eau Adour-Garonne / GEREA - 1999

Reynoutria japonica
feuilles arrondies, pointues

Reynoutria sachalinensis
feuilles lancéolées


Dans les 2 cas :
feuilles grandes et nombreuses

Plantes terrestres, herbacées mais pérennes. Tiges érigées pouvant atteindre 4 m de haut (croissance très rapide). En Europe, la reproduction sexuée est quasiment inexistante.


La renouée se multiplie et se disperse très efficacement grâce à deux systèmes de reproduction végétative : 

le bouturage spontané de fragments de tiges et surtout la formation de rhizomes (organes souterrains) qui emmagasinent d'importantes réserves nutritives, ont une durée de vie de plus de 10 ans et peuvent aussi se bouturer.
Ces rhizomes permettent à la plante de survivre même en cas de gel ou de fauche. Ils facilitent une colonisation rapide d'un site par leur croissance (jusqu'à 10 ou 20 m de long) et par la formation de bourgeons qui vont donner de nouvelles tiges. Le système racinaire ne stabilisant pas le sol, un plant peut facilement être emporté avec son rhizome lors d'une crue et se fixer à l'aval ; c'est donc aussi un système d'expansion performant.

Biotopes

Cette plante supporte des conditions de vie très variées, mais elle est favorisée par certains paramètres

  • une atmosphère humide,
  • une bonne alimentation du sol en eau (proximité d'un cours d'eau),
  • un substrat acide, aéré et filtrant (dépôts alluvionnaires récents, enrochements, terrassements etc.),
  • un bon ensoleillement (absence de ripisylve).


Historique (apparition, prolifération)

Origine : Asie de l'Est et du Nord.
Introduite en Europe en 1825 à partir du Japon comme plante ornementale, mellifère, fourragère (en réalité peu appréciée par les animaux) et fixatrice de dunes.
Introduite en France en 1939 (qualités ornementales et volonté de valorisation alimentaire).
Présente surtout dans les parties nordiques et centrales de l'Europe elle s'étend vers l'ouest et le sud. Son expansion semble maintenant avoir atteint ses limites géographiques mais sa dispersion dans les régions colonisées continue. Elle est clairement favorisée par les activités humaines qui fournissent des milieux adéquats (artificialisés) et facilitent le transport accidentel des rhizomes.

Population et répartition sur le bassin

Présente sur tout le territoire français, mais plus fréquente dans l'Est de la France.

Elle semble préférer les milieux frais du piémont pyrénéen, Elle est fréquente sur la Garonne et la Nive, et est observée sur la Boutonne, les Gaves, l'Affos, l'Adour, le Luy et l'Hers Vif

Elle est aussi présente sur le bassin versant de la Charente et est abondante sur l'Agout et le Thoré (Tarn). Quelques pieds ont été observés sur la rive ouest de l'étang de Soustons (A. Dutartre, comm. pers.).

Bien que le Sud-Ouest ne constitue pas la région la plus menacée, la forte vitalité de cette espèce laisse craindre une forte progression sur les parties dégradées des rives de cours d'eau et sur les milieux artificialisés de leurs vallées.



Impact, nuisances et enjeux

Son efficacité en termes de rendement photosynthétique est telle que la production de matière sèche peut atteindre 6 à 13 tonne/ha pour les parties aériennes et 16 tonnes/ha pour les parties souterraines. Elle fait ainsi partie des plantes herbacées les plus productives de la flore tempérée.

Impact sur le milieu : 

la renouée ne participe pas à la stabilité des berges (système racinaire peu développé en dehors des rhizomes) mais au contraire favorise les sapements de berges, Elle peut provoquer la formation de barrages et d'encombrements lorsque, à l'automne, ses tiges desséchées se cassent et sont emportées en aval

Impact sur la flore autochtone : 

la renouée ne présente aucun inconvénient majeur pour la flore locale lorsque le niveau de fonctionnement est naturel. La prolifération débute dès lors que les milieux sont déstabilisés et la végétation peu dense. Dans les milieux qui lui sont les plus favorables, la renouée peut éliminer pratiquement toutes les autres espèces grâce à son rythme de croissance élevé, son feuillage abondant créant un ombrage inhospitalier pour les autres espèces herbacées et les jeunes plants d'arbres, et la sécrétion de substances provoquant des nécroses sur les racines des plantes voisines.

Impact sur le paysage : 

si la renouée a été introduite en grande partie pour ses qualités ornementales, il est clair que là où elle s'implante, elle est synonyme d'uniformisation du paysage. En période, hivernale, dès lors que ses tiges sont desséchées, elle constitue pour le riverain une disgrâce paysagère certaine d'autant que sa propagation au-delà des berges est fréquente.

Impact sur les activités humaines : 

difficultés d'accès pour les pêcheurs et les promeneurs et dégradation des ponts, seuils et barrages suite aux encombrements créés.



Régulations naturelles

Si en Asie, l'existence de nombreux consommateurs et la vigueur d'autres espèces végétales atténuent la capacité colonisatrice de la renouée, ces barrières naturelles sont inexistantes en Europe.

Parmi les coléoptères polyphages, un seul (en Grande Bretagne) a été relevé comme consommateur actif des racines, des rhizomes et du feuillage, pouvant détruire la plante : Otiorhynchus sulvatus. Aucun cas de consommation par les insectes phytophages n'a été indiqué en France.

La présence de sols calcaires semble limiter les possibilités d'expansion et de prolifération de cette plante.

Régulations indirectes (modes de gestion du milieu, aménagements)

L'invasion des renouées peut être considérée comme un signal d'alarme : elle témoigne d'une altération du fonctionnement naturel entièrement dû aux surexploitations humaines. Plus que l'éradication de la plante elle-même, c'est la restauration des systèmes alluviaux et la prise en compte du fonctionnement naturel du cours d'eau qui semble être le moyen le plus logique pour une lutte à long terme contre l'invasion de la renouée.

D'après les secteurs préférentiels de colonisation de la renouée (créés le plus fréquemment par l'homme lui-même), il semble évident que les meilleures façons d'empêcher son installation soient d'éviter :

  • les coupes à blanc de ripisylves,
  • la populiculture intensive en bordure de berges,
  • les dépôts de gravats et d'alluvions,
  • les enrochements, les rectifications, les recalibrages ... et autres aménagements intensifs du lit et des berges

Les traversées de zones urbaines traitées en espaces verts, les zones aval de chaussées et les abords de ponts doivent également faire l'objet d'une attention toute particulière, ainsi que les friches industrielles en bordure de cours d'eau ou encore les berges non végétalisées, où la nature livrée à elle-même ne peut être qu'accueillante pour la renouée (exemple du bassin Rhin-Meuse où les aménagements intensifs des rivières sont à l'origine des invasions les plus spectaculaires de renouée).

Une opération expérimentale de lutte

 contre la renouée a été menée récemment (1997) sur lé Thoré-Agout (affluents du Tarn) : le moyen retenu a été la réimplantation d'une ripisylve (arbres, arbustes, herbacées) accompagné d'un entretien régulier afin de limiter la concurrence avec les jeunes plants. En effet, les plantations seules ne résistant pas au compétiteur qu'est la renouée, plusieurs essais comparatifs ont été réalisés : sur paillis après fauchage ou par application d'herbicides. Après un an, les résultats révèlent que bien qu'efficace, la plantation sur paillis est beaucoup trop onéreuse (entre 27 et 40 F/m² selon que le paillis est biodégradable ou non) et le mieux est encore de lui associer 1 à 2 débroussaillage par an. Le "Round-up" s'avère le plus efficace des herbicides utilisés. Malgré des conditions difficiles, les jeunes plants semblent sauvés et peut espérer le recul de la renouée.

Interventions humaines

Différentes méthodes de lutte mécanique, chimique ou biologique ont été testées avec plus ou moins de succès. Les principaux enseignements sont qu'il est très difficile de supprimer totalement la renouée d'un site envahi et que les différentes méthodes utilisées n'empêchent pas un recolonisation future du site par l'espèce.

Méthodes mécaniques


  • Le fauchage : 6 à 8 fauches par an, répétées durant 4 à 7 ans ont permis de faire disparaître totalement la renouée sur des sites très envahis. La biomasse fauchée doit absolument être récoltée dans sa totalité. Le moindre fragment oublié peut aboutir à la reconstitution d'un individu complet. Le coût total d'une opération peut varier entre 9 F et 90 F par m² selon les conditions (facilité d'accès, âge et densité de la renouée, type de main d'œuvre utilisée, etc.).
  • L'arrachage des rhizomes : ces rhizomes étant souvent longs et profonds, il est presque impossible de les arracher dans leur totalité. De plus, pour y parvenir les travaux provoquent une forte dégradation des berges. C'est donc une méthode à proscrire, sauf cas exceptionnel (élimination précoce de quelques jeunes pieds de renouée),
  • La couverture du sol par des géotextiles peut s'avérer efficace mais coûte cher (au minimum 17 F/m²) et élimine toute la végétation présente. Cette technique n'est donc souhaitable qu'en complément provisoire d'autres méthodes, en particulier en cas de replantations d'arbres (voir § " régulations indirectes ").


Lutte chimique

Le glyphosate (produit présent dans certains phytocides homologués en milieu aquatique) a montré son efficacité. La réalisation d'une fauche 1 mois après l'application améliore les résultats.
Toutefois, les meilleures conditions d'application du produit doivent encore être déterminées avec précision (variations importantes selon les auteurs). Quoi qu'il en soit, l'utilisation de phytocides à proximité de cours d'eau nécessite des précautions d'emploi importantes et ne peut être considérée comme une technique à employer dans tous les cas et à grande échelle. Elle peut être souhaitable, voire indispensable, dans le cadre d'opérations de replantations d'arbres (voir § " régulations indirectes ").

Lutte biologique


  • Les invertébrés phytophages : des recherches sont menées dans ce domaine n'ont pas encore donné de résultats.
  • La pâture : le bétail (bovins et caprins) a un impact non négligeable sur la renouée et plus particulièrement sur les jeunes pousses. Régulièrement consommée, elle peut progressivement dégénérer voire disparaître. Cette méthode est peu applicable à proximité du lit, le piétinement des animaux pouvant provoquer la déstabilisation des berges. Elle est en revanche tout à fait envisageable sur le reste du lit majeur.


Niveau actuel de connaissances

Bonne connaissance et bibliographie très riche : de nombreux chercheurs ont étudié l'écologie des renouées exotiques ainsi que les aspects de lutte contre l'invasion de cette plante. Parmi ces études, beaucoup ont été menées dans l'Est de la France (bassin Rhin Meuse) où le niveau de contamination a été particulièrement élevé.
Les données concernant leur propagation ainsi que leur répartition en France sont encore imprécises;
Espèce d'amplitude écologique très vaste et " agressive " vis-à-vis des espèces voisines. L'évolution de sa répartition géographique doit être surveillée avec attention.



Principales références


  • Agence de l'eau Rhin-Meuse.,1996 - Ecologie, biogéographie et possibilités de contrôle des populations invasives de renouées asiatiques en Europe. Le cas particulier du bassin Rhin-Meuse.
  • Beaussart X., Mercier A., Tesseyre D.,1998 - La renouée du Japon, une plante bien envahissante. Revue de l'agence de l'Eau Adour-Garonne, n°72.
  • Jager C.,1994 - Répartition, écologie, et possibilités de contrôle de l'expansion de la renouée du Japon en Lorraine. Mémoire de maîtrise. Université de Metz / Agence de l'Eau Rhin-Meuse.
  • Mercier A., 1997 - La Reynoutria : écologie, tentatives de limitation. Syndicat mixte de rivière " Thore-Agout " / Agence de l'eau Adour-Garonne.
  • Phulpin Y., 1996 - Lutter contre la Renouée du Japon sur les cours d'eau du bassin de la Haute Moselle. Mémoire de maîtrise, Université de Metz / DDAF des Vosges.


Sources : Agence de l'Eau Adour-Garonne / GEREA - 1999