| D'après
l'étude
SEGESA
Les unités de paysage de la vallée de la Dordogne
La Dordogne présente
une particularité qui ne semble pas évidente à première vue mais qui s'impose
assez vite lors de l'observation sur le terrain, depuis les voies de communication
: elle est très peu visible en dehors
des lieux de traversée ou des points de vue exceptionnels. Le paysage
de la Dordogne est donc un paysage de vallée,
fortement dessiné dans ses grandes formes par le travail
d'érosion des eaux de la rivière, mais d'où celle-ci est apparemment
absente. Cette situation tient à la végétation qui borde la Dordogne mais
également à la configuration géomorphologique qui ménage des écrans ou
qui enchâsse le cours d'eau entre deux versants fortement en pente, au
pied desquels aucun axe de communication ne permet d'avoir un regard sur
l'eau.
L'impression qui se
dégage de l'observation des paysages de la vallée est donc celle d'un
paysage rural, plus ou moins marqué
par l'occupation humaine, mais où l'eau ne semble pas avoir autant d'importance
qu'elle en a eu en réalité dans les temps géologiques. Cette impression
n'est évidemment pas pertinente dans certains secteurs, comme aux bords
de la retenue de Bort-les-Orgues, mais dès que l'on s'éloigne des rives,
la végétation et les ondulations de terrain cachent l'étendue d'eau. Ailleurs,
dans la partie calcaire de la vallée, c'est un paysage souvent bucolique,
où la présence de l'agriculture est importante,
mais où celle de la Dordogne s'efface parfois
devant les châteaux, les séchoirs à tabac ou les demeures caractéristiques
de l'architecture périgourdine.
C'est peut-être là l'un
des traits principaux des paysages de cette vallée, qui fait son unité.
Les autres caractères essentiels de la vallée divisent en fait son espace
en grands ensembles, ils tiennent autant à la géomorphologie qu'à une
architecture relativement typée : trois grands ensembles peuvent ainsi
être individualisés :
la Dordogne des roches volcaniques et métamorphiques, depuis la source
jusqu'au confluent de la Cère, que l'on a dénommée "la Dordogne cristalline".
la Dordogne quercynoise et périgourdine, calcaire, où la rivière dessine
ses grands cingles et a sculpté des falaises et où l'architecture traditionnelle
est marquée par les toits à double pente couverts de tuiles plates.
la Dordogne girondine, "atlantique" et vigneronne, où les coteaux s'éloignent
peu à peu de la rivière plus ou moins sinueuse dans une vallée large
et où la présence de la vigne s'accentue vers l'ouest.
Dans ces grands ensembles,
les paysages dessinent une grande variété d'unités et sous-unités, dont
la différenciation tient parfois à un caractère particulier, comme la
forme donnée à la vallée par le travail de la Dordogne : |
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De Groléjac à Beynac : la Dordogne des
grands cingles.
La courbe empruntée par la Dordogne après Groléjac engage la rivière dans
une unité de paysage illustre, emblématique
de la vallée : c'est celle des grands cingles, majestueux, qui ont fait
la renommée de la région et constituent une concentration de hauts lieux
du Périgord, un passage obligé pour toute aventure touristique dans la
région.
Cette figure emblématique repose sur la configuration du cingle, faisant
alterner sa falaise, son promontoire et la vue dégagée vers la vallée
élargie par le travail de la Dordogne. Dans cette configuration, l'occupation
humaine a été diverse, mais elle a exploité les qualités d'exposition
qu'offre le site ainsi créé : le promontoire, situation stratégique, est
réservé au château, la falaise à un habitat médiéval de village plus ou
moins troglodyte, placé sous l'autorité et la protection du seigneur,
la plaine à l'activité agricole, la rivière à la navigation des gabares,
économie essentielle dans l'élaboration de la richesse locale.
Apparemment, selon ce schéma, le paysage est d'une grande simplicité et
facilement compréhensible. Il l'est en effet sous cet éclairage. Mais
sur le terrain, les voies de circulation ont été compliquées par ce relief
chahuté et parfois brutal; elles ne donnent pas ainsi une grande lisibilité
à l'ensemble, car elles ne suivent pas le cours de la Dordogne, s'échappent
quelquefois vers le nord en contournant les cingles, recoupent les fonds
de vallée.
Mais la composition de ces sites de cingles, des châteaux et de l'habitat
médiéval périgourdin a constitué ce stéréotype
de la Dordogne qui s'est imposé comme le paysage a voir par
excellence , a savourer aussi dans les innombrables restaurants attirés
par la foule touristique. Ce fleuron du paysage périgourdin est néanmoins
composé par des éléments divers dont
l'agencement en fait la force :
la configuration du cingle, déjà évoquée; elle trouve son expression
la plus claire à Montfort, peut-être parce que la route (D 703) qui va
de Souillac à Vitrac par la rive droite permet d'en avoir une vision panoramique;
l'activité touristique ne s'y est d'ailleurs pas trompée : l'arrêt au
point le plus favorable au spectacle est obligatoire pour découvrir ce
vaste espace dominé par le château, où la rivière dessine avec précision
une courbe harmonieuse, où les plantations de noyers qui occupent le centre
du méandre définissent la teinte majeure du site, en particulier au printemps,
lorsque les jeunes pousses des arbres donnent une tonalité rosâtre à l'ensemble.
La présence des chênes verts au feuillage persistant d'un vert cendré
ajoute une nouvelle note dans ce paysage, en soulignant le dessin de la
falaise et en évoquant le climat méridional associé à un substrat calcaire.
Les autres sites de cette unité offrent cette même configuration, moins
directement lisible par la voie la plus empruntée. Il faut souvent monter
pour la saisir. La vision directe depuis la même D 703 permet pourtant
des vues typées qui se répètent parfois, comme à La Roque-Gageac et à
Beynac-et-Cazenac, dans une moindre mesure à Vitrac : falaise colonisée
par l'habitat, château dominant l'ensemble, teintes chaudes de la pierre
calcaire blonde et des toits de tuiles ou de lauzes. Dès que l'on atteint
le sommet de la falaise, la vision panoramique retrouve le dessin précis
des courbes de la rivière et des roches qu'elle a sculptées, le damier
du parcellaire étroitement lié aux formes générales du site. Depuis les
hauteurs de La Roque, de Beynac ou de Castelnaud, la paysage embrassé
par le regard est toujours saisissant par l'impression de calme qui se
dégage de la composition.
La répétition des vues panoramiques, spécifique à cet ensemble n'est pas
démentie par le spectacle qui s'ouvre depuis la barre de Domme. La
bastide s'est cependant logée derrière la crête de la falaise, tout en
se ménageant le privilège du spectacle sur la vallée : belvédère illustre,
d'où des millions de regards ont plongé et plongeront encore longtemps
vers le tracé régulier de la Dordogne, vers la plaine et l'organisation
précise des champs.
La répartition de la végétation et des cultures
: Elle distingue d'une manière
nette les versants et le fond de vallée :
les versants sont couverts de forêt, mélange de chênes d'espèces diverses
dominé par le chêne vert; cette couverture assez homogène et dense est
parfois trouée de clairières pastorales où des résidences se sont installées.
le fond de vallée est le domaine des cultures, relativement intensives;
les champs de maïs alternent avec d'autres céréales, le tabac, les noyeraies
et des peuplements plus ou moins étendus de peupliers. Le parcours estival
de cet espace se fait dans une succession de passages de soleil brûlant
et d'ombre fraîche procurée par les noyeraies. Des sablières ont laissé
des traces dans cette distribution variée, sous forme d'étangs aux formes
géométriques, comme en face de Beynac; ici, les étangs sont devenus
un lieu apprécié des hérons.
Cette distribution est seulement troublée entre Montfort et Vitrac par
la présence du golf qui se coule dans un vallon s'ouvrant sur la vallée.

L'habitat et le patrimoine architectural :
ce sont sans doute les éléments les plus marquants, ceux qui ont été en
tous cas les plus remarqués : maisons trapues aux toits à double pente,
séchoirs à tabac allongés traditionnellement faits de planches noircies
ou plus récemment de briques rougeâtres, paradoxalement noyés dans les
champs de maïs; et bien évidemment châteaux innombrables , aux silhouettes
imposantes, perchés sur les buttes ou les crêtes les plus en vue, mais
aussi au flanc des versants. Patrimoine fluvial comme les quais et cales
que fréquentaient les gabares. Patrimoine bien conservé, parfois restauré
avec une certaine affectation qui donne aux villages un aspect un peu
trop léché. Ce patrimoine est la cible du tourisme dont l'activité a profité
depuis quelques années du loisir nautique, abondant, organisé en bandes
de kayaks multicolores qui ponctuent le cours de la rivière en été ou
en embarcations collectives plus lourdes proposant un aller et retour
bref sur la Dordogne .

C'est d'ailleurs cette activité touristique
qui a entraîné la prolifération des équipements dispersés tout au long
de la rivière : campings et cales à canoës-kayaks souvent signalés depuis
la rivière par des banderoles tendues entre deux arbres de la ripisylve.
Ce parcours fluvial est très différent du parcours par les diverses routes.
Les vues sont souvent bloquées par les falaises que côtoie étroitement
la Dordogne, mais le spectacle est évidemment impressionnant en raison
de la hauteur de la roche qui surplombe l'eau et qui ressemble parfois
à un immense rideau tombant de la crête, en raison des stries ondulées
du calcaire. En face, le regard peut parfois s'échapper un peu plus loin,
mais est souvent arrêté par la végétation constituée de grands arbres,
surtout après Montfort. C'est dans l'axe de la rivière que la vue est
la plus frappante, surtout dans l'attente du spectacle que ménagent les
courbes, à leur sortie.
Comme
auparavant, les équipements liés à la rivière attirent l'œil sur les rives
:cales et campings déjà évoqués, stations de pompage ou exutoire de station
d'épuration (Domme, Envaux), murets de soutènement des falaises ou de
la rive (Caudon, Cénac). De nombreuses lignes à moyenne tension traversent
la rivière, certaines berges ont été aménagées en jardins (Envaux, Cénac).
Le cours de la rivière est le plus souvent régulier, mais s'évade ou s'ouvre
parfois en bras ou en couasnes (Montfort, rive droite, Caudon, rive gauche,
Vitrac, île près du port, Beynac, île constituant un milieu favorable
à l'abri de sangliers et de cerfs). Celles-ci constituent un élément important
du paysage de cette portion de vallée, avec leur végétation croissant
dans une eau calme favorable à un milieu biologique diversifié.
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De Saint-Vincent-de-Cosse au Buisson-de-Cadouin

Peu après Beynac en allant vers l'aval,
la vallée change brusquement : l'arrêt momentané des grands cingles ouvre
les versants, la vallée est plus large, les falaises sont absentes ou
moins marquées qu'auparavant. La Dordogne s'écoule en méandres peu serrés
dans un couloir à sinuosités suffisamment amples pour paraître presque
rectiligne par moments. Cette nouvelle configuration engage le paysage
dans un nouveau mode d'évolution : alors que la Dordogne des grands cingles
paraît relativement à l'abri de l'essor des constructions, peut-être en
raison des mesures de protection de l'espace qui y sont imposées, cette
nouvelle unité est caractérisée notamment par le développement de l'urbanisation
qui a parfois pris d'assaut les coteaux les mieux exposés, c'est-à-dire
en rive droite, mais aussi en rive gauche. L'urbanisation est également
notable autour des bourgs et villages, sous forme de tache d'huile de
constructions diffuses dans la campagne.
Ces constructions illustrent la diffusion et la reproduction du modèle
périgourdin traditionnel adapté au goût et aux techniques actuelles :
de nombreux pavillons récents ont été édifiés en singeant la maison rurale
périgourdine, les plus "cossues" présentant une tour carrée au toit à
double pente. Ce pastiche local est notamment fortement visible sur le
coteau nord entre Saint-Vincent-de-Cosse et Saint-Cyprien, en particulier
près de Bézenac. L'installation des nouvelles constructions sur les coteaux
va de pair avec la déstructuration de l'agriculture dans ces secteurs
de versant, alors que celle-ci se concentre en fond de vallée sous une
forme plus intensive.
Les coteaux sont en effet la proie d'un abandon assez systématique par
l'activité agricole, depuis longtemps sans doute pour la plupart des espaces
aujourd'hui recouverts de forêts ou de friches laissant apparaître quelquefois
les vestiges du parcellaire. Comme en amont , cette couverture forestière
est ici et là trouée de clairières où les habitations se sont installées
et où une activité pastorale subsiste. Mais la tendance majoritaire est
au repli, les petites vallées sèches qui convergent vers la Dordogne se
referment, embroussaillées avant la densification forestière. C'est le
cas par exemple à Urval et à Allas-les-Mines où la route qui monte sur
le coteau vers le sud traverse d'abord des vallons abandonnés depuis peu
puis s'enfonce dans une forêt de plus en plus dense. On y trouve d'ailleurs
des bâtiments agricoles, comme des séchoirs à tabac qui ont, de toute
évidence, perdus leur fonction.
Au-delà de la crête des versants
s'étend une campagne plus agricole, où alternent champs et boisements.
La densité relative des bois et des cultures ou des prairies est variable
selon les secteurs. Au nord de la vallée entre Saint-Vincent-de-Cosse
et Saint-Cyprien, c'est la forêt qui domine, comme au sud entre Urval
et Alles-sur-Dordogne. Ailleurs, comme sur les communes du Coux-et-Bigaroque
ou de Siorac, le paysage est plus ouvert, les bois succèdent en petites
parcelles avec des champs cultivés et des prairies : paysage très bucolique
qui se retrouve également, moins étendu, sur le plateau ondulé au-dessus
de Saint-Cyprien. Cest en tous cas de la crête des versants ou d'une butte
située un peu en arrière que l'on perçoit l'ensemble du spectacle de la
vallée. Certains seigneurs y avaient édifié leur château, comme celui
de Fages, au-dessus de Saint-Cyprien, ou celui de Monsec.

La vallée que l'on peut
observer depuis ces versants est assez large, mais la Dordogne y est cependant
toujours aussi peu visible, en raison de la végétation haute qui la borde.
C'est la route nouvelle qui a été remodelée entre Saint-Vincent-de-Cosse
et Le Buisson-de-Cadouin qui attire le regard, avec son ruban bien dessiné
et ses bas-côtés plus larges qu'en amont. Elle traverse une campagne cultivée
où l'agriculture semble assez bien structurée, intensive, composée de
cultures de maïs ou sous abri plastique, de prairies et de noyeraies (moins
fréquentes qu'en amont) au milieu desquelles émergent quelques peupleraies,
surtout vers le Coux-et-Bigaroque.
Les bourgs et villages offrent en leur centre l'aspect du bourg traditionnel
périgourdin avec une architecture riche, mais très marqués aux alentours
par l'urbanisation et son cortège de petits centres commerciaux, de garages
ou d'établissements artisanaux. Saint-Cyprien est un de ceux-là, comme
Siorac, anciens bourgs riches de l'activité rurale et de leur histoire.
Leurs alentours sont très sollicités par les constructions, alors que
des signes de repli industriel et artisanal sont visibles, en particulier
à Saint-Cyprien et à Allas-les-Mines. Le patrimoine architectural, quoique
moins abondant qu'en amont, est encore fréquent. Le hameau de Bigaroque
est un bel exemple de cette architecture imposante et solide; les châteaux
sont encore nombreux (Siorac, Berbiguières, le Coux, le Buisson ... )
et la signalisation annonce des monuments éloignés de la vallée (abbaye
de Cadouin).
Certaines de ces observations faites lors du trajet routier sont confirmées
par celles que l'on peut faire depuis la rivière. Les coteaux urbanisés
de Bézenac sont en effet bien visibles de la Dordogne, comme les friches
en d'autres lieux (Mouzens, Coux-et-Bigaroque) ou les plantations de maïs,
très abondantes. Ce trajet fluvial permet de constater la présence de
plus en plus fréquente d'aménagements légers (engazonnements) des bords
de rivière pour les pécheurs ou les propriétaires riverains; ou celle
des équipements de pompage dans la Dordogne. La berge présente un état
très variable selon les lieux : tantôt plantée d'une végétation haute
(peupliers), tantôt dégagée de sa végétation (Marnac), tantôt embroussaillée
ou visiblement entretenue, comme à Siorac, où le Syndicat Intercommunal
a procédé à des aménagements et des plantations, tantôt dégradée par des
érosions ou des effondrements des roches (Capette) ou encore protégée
par des épis (Siorac). Un chemin borde parfois la rive qui devient alors
lieu de promenade agréable (Allas-les-Mines, Capette, où le G.R. 36-64
qui longe la Dordogne a été replanté de noyers).
Le regard est parfois accaparé par des éléments ponctuels depuis la rive
: port (Mouzens), bungalows (en face de la couasne de Coux), four à chaux
(Allas-les-Mines), anciennes mines de chaux (Le Garrit), borie (Mouzens),
petits cabanons (Coux). Ces éléments témoignent de la sollicitation de
la Dordogne pour son intérêt à la fois économique et de loisir.
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Les cingles de Limeuil et de Trémolat,
ou la leçon de géographie
Les deux
grandes boucles que dessine le cours de la Dordogne à partir de la limite
ouest du Buisson définissent des paysages particulièrement remarquables
par le spectacle qu'ils permettent depuis les points hauts des falaises
du nord. Ces deux cingles presque parfaitement symétriques offrent en
effet des vues claires et très pédagogiques de la formation de méandres
et de l'occupation du sol qui en découle : véritable leçon de géographie.
Ils sont en outre les deux derniers grands cingles de la vallée, avant
qu'elle ne s'engage dans une configuration paysagère très différente.
La
symétrie de cet ensemble s'exprime essentiellement dans la fïgure géomorphologique
que forment les deux grandes boucles reliées elles-mêmes par une troisième,
inversée : deux falaises concaves au nord de part et d'autre, une au sud
et au centre. Les points de vue sont cependant possibles du nord, grâce
aux routes qui montent sur le sommet des falaises des cingles de Limeuil
et de Trémolat, alors qu'au sud, les voies de communication évitent la
crête. De ces points de vue, on peut voir les étapes de la formation des
cingles, avec les traces des anciens cours de la Dordogne qui subsistent
sous forme de terrasses emboîtées et séparées par des talus, vestiges
de falaises éloignées aujourd'hui de la rivière; ces talus sont marqués
par une étroite bande courbe de végétation arborée située dans la partie
orientale des méandres. Cette figure a entraîné une symétrie dans la distribution
de l'occupation du sol, mais avec des nuances, en particulier dans la
répartition de l'agriculture et de l'habitat.
l'agriculture
: elle occupe les terres basses et alluviales enrichies par les divagations
de la Dordogne, dans la face concave des trois méandres qui S'enchaînent.
Agriculture de polyculture, mais surtout marquée par les céréales. C'est
d'ailleurs là où la dissymétrie commence à apporter des différences dans
les paysages : l'agriculture qui se développe dans l'interfluve du cingle
de Limeuil occupe tout l'espace, elle est davantage intensive, avec la
présence de cultures sous tunnels de plastiques scintillant au soleil;
dans l'interfluve du cingle de Trémolat, ce sont surtout les céréales
(maïs) qui s'étendent sur les terres basses, avec une présence plus marquée
de boisements (notamment de peupliers). Au centre, dans la boucle qui
sépare les deux grands cingles, l'agriculture est beaucoup plus diversifiée
et plus morcelée, mais aussi apparemment plus fragile : polyculture et
élevage, vergers, tabac intercalés dans un semis de boisements et de friches.
Cette répartition est limitée cependant à la partie centrale du méandre,
les terres situées en bordure de la Dordogne étant surtout vouées au maïs.
Sur le plateau mouvementé situé au nord des falaises des cingles, l'agriculture
n'est pratiquement plus présente qu'à l'état de reliques. Ces espaces
sont surtout marqués par la présence d'une végétation méditerranéenne
qui renforce l'impression de chaleur écrasante en été (pins et chênes
verts); au milieu de ces boisements secs subsistent quelques prairies,
d'anciennes vignes sans doute pratiquées il y a peu de temps par des fermes
isolées. L'impression est à l'enfermement dans cette végétation parfois
dense et broussailleuse. Elle contraste évidemment avec l'ouverture pratiquée
au sommets des falaises par les points de vue où la halte est fréquemment
effectuée par les touristes, notamment à Beauregard (toponyme évocateur)
et à Rocamadour. De ces hauteurs, le spectacle est saisissant, grandiose
: le paysage se déploie comme une grande page ouverte sur les liens que
les hommes ont établis entre la géologie, la rivière et leurs activités.
l'habitat
: la symétrie se perçoit surtout dans la position des hameaux situés à
l'extrémité du vestige de falaise interne aux méandres, à l'abri des inondations
: le Gers (cingle de Limeuil), Soulalève et Saint-Geniès (méandre central),
Les Monzias (cingle de Trémolat). Les autres villages occupent des positions
dues à des configurations particulières, comme Limeuil, sur un éperon
découpé dans la falaise du cingle par la Vézère et un petit affluent de
la Dordogne; Alles-sur-Dordogne, village plus ou moins éclaté en rive
gauche de la rivière, sur une terrasse du cingle de Limeuil; Trémolat,
à l'extrémité orientale de la falaise du cingle; Mauzac, port situé à
la sortie des cingles, escale avant les rapides de Lalinde; Calès, sur
une butte au sud de l'interfluve du cingle de Trémolat. Celui-ci est d'ailleurs
davantage marqué par la présence de l'habitat et de nombreux hameaux.
Dans la partie centrale, cet habitat est également bien présent, plus
disséminé sous la forme de résidences secondaires signalées par les jardins
d'agrément fréquents et les maisons fermées en période non estivale et
attirées vraisemblablement par la présence de la grande base nautique.
Les formes architecturales de l'habitat rural traditionnel sont encore
celles du Périgord, parfois remarquables, comme à Limeuil, village d'ailleurs
classé en raison de la conservation de sa structure médiévale. Quelques
séchoirs à tabac subsistent à Trémolat. Cependant, de nombreux pavillons
hétéroclites bien que banalisés se sont installés ici et là. A Mauzac,
ils ont modifié partiellement la structure ancienne du village qui conserve
néanmoins une ambiance de port, annonçant presque déjà les villages de
pêcheurs situés beaucoup plus en aval.
les
loisirs : trois lieux concentrent l'activité touristique; Limeuil, pour
son village médiéval inscrit dans un site géologique particulier, mais
également pour l'ambiance offerte par la confluence de la Dordogne et
de la Vézère, plage ombragée où se mélangent familles en goguette, baigneurs
et pêcheurs. Trémolat et sa base nautique, vaste complexe comprenant camping
et port de loisirs sur le grand bassin d'eau calme que forme le barrage
de Mauzac. Mauzac, avec son port où les gabarres sont remplacées aujourd'hui
par les hors-bord et quelques voiliers.
La
perception de cette structure très claire depuis les sommets des cingles
est très différente depuis le fond de vallée. En réalité, on ne ressent
pas cette organisation depuis les routes de la vallée. C'est davantage
une succession d'ambiances assez fortement marquées par l'alternance de
l'agriculture et de l'habitat, parfois presque un peu désordonnée en apparence.
La perception depuis
la Dordogne permet une vision en perspective sur les falaises des cingles.
En certains points du parcours fluvial, là où le coteau boisé en rive
gauche descend jusqu'à la rivière et où la végétation des berges en rive
droite ne permet aucune vision de l'arrière-plan, aucune présence humaine
n'est ressentie : cette configuration donne impression d'éloignement de
tout lieu humanisé. La végétation des berges est variée, avec un taux
assez fort d'acacias et de saules, formant parfois des biotopes particuliers
(île de la Yerle). Les dégagements pratiqués par les lignes droites de
la rivière entre les méandres ouvrent des vues sur les coteaux, leurs
boisements de châtaigniers, frênes, chênes verts, les friches et les constructions
qui s'y installent ici et là.
Ce
qui marque surtout dans ce parcours fluvial, c'est la présence des aménagements
de loisirs de plus en plus présents, pontons et cabanons en bordure de
la rivière sans doute attirés par la présence de la base nautique de Trémolat,
point fort de ce paysage de rivière, avec le tremplin de ski nautique
et le mirador destiné aux compétitions. Ils ont pris la place d'anciens
équipements dont des vestiges sont encore visibles, comme ceux du bac
de Sors.
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