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| Charles RUFFINONI CNRS, Centre d'Ecologie des Systèmes Fluviaux Et. Rech. Syst. Agraires Dév., 29: 115-137 |
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| Résumé Les ripisylves participent à la régulation des flux de nitrates dans les hydrosystèmes car, traversées par d'importantes masses d'eau, elles puisent et stockent efficacement l'azote. Dans la zone alluviale garonnaise, une jeune ripisylve peut prélever en moyenne 0,38 g d'azote/j/m² soit 38 fois plus qu'une prairie pâturée, 25 fois plus qu'une jeune peupleraie et 1,5 à 2 fois plus que des peupleraies mâtures. Sur un tronçon de Garonne de 120 km, nous estimons que la réhabilitation d'une ripisylve arborée de 50 m de largeur permettrait de réduire de 5,6 tonnes par jour, durant la période de végétation, I'apport en azote des nappes alluviales au fleuve. A l'échelle d'un bassin versant, il est plus judicieux de réduire les concentrations d'azote dès l'origine, que d'avoir à les résorber dans la plaine d'inondation. Aussi, il convient de promouvoir la réhabilitation et/ou le développement de formations végétales le long des versants et à l'amont des réseaux hydrographiques, si l'on veut lutter efficacement contre les pollutions azotées diffuses. |
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| Mots Clés : boisements riverains, ripisylve, nitrates, absorption racinaire, haies, nappe phréatique. | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
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2.1. La soumission de la nappe au fleuveDans les deux sites, la proximité de la Garonne se traduit sur la nappe d'une manière contraignante. Nous avons ici une nappe qui longe le fleuve et qui subit ses fluctuations (on peut l'appeler nappe d'accompagnement). Près de 300 jours par an -c'est dire qu'il s'agit de la situation la plus fréquente (Gazelle, 1993 ; Ruffinoni et Gazelle,1995) - nous sommes en présence de basses ou moyennes eaux fluviales, sans fluctuation d'envergure. Les courbes isopièzes indiquent que la nappe s'écoule lentement suivant deux composantes directionnelles. En période de hautes eaux de la Garonne, même si le débit de plein bord n'est pas atteint partout, le champ piézométrique n'est plus le même : la composante transversale s'estompe d'autant plus que l'on se rapproche du chenal fluvial ; la priorité est laissée au transit vers l'aval. Le flux est alors parallèle au fleuve, tout au moins entre la zone de ripisylve et le premier rebord de basse plaine. |
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2.2. L'apport de la nappe au fleuveLes diverses observations que nous avons effectuées, les calculs de perméabilité et de vitesse d'écoulement, l'épaisseur et la section en travers de la nappe, etc., sont autant de paramètres nous permettant d'estimer les volumes d'eau souterraine qui parviennent au chenal fluvial. En effet, même si les crues de la Garonne correspondent à des phases d'alimentation de la nappe par les eaux fluviales, ces périodes représentent peu de chose dans le temps, par rapport à la situation inverse, qui voit une alimentation du fleuve par la nappe. Nous avons utilisé les mesures effectuées par le BURGEAP 1988) pour connaître avec précision les caractéristiques hydrodynamiques de l'aquifère. Celles-ci ont été réalisées au cours d'une campagne de reconnaissance dans des puits situés aux environs des sites (essais de pompage, BURGEAP, 1988). On peut admettre que les eaux souterraines progressent de quelques mètres à quelques dizaines de mètres par jour, suivant les lieux et les circonstances. Connaissant en de nombreux points l'épaisseur et le battement de la nappe, sa pente, la perméabilité des terrains, ect., nous avons évalué à 5 l/s environ les apports en eau dus à la nappe par section de 100 m de distance, et ce, dans les conditions optimales, c'est-à-dire à l'exclusion de l'étiage phréatique et des crues fluviales. |
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2.3. L'apport du fleuve à la nappeDans ces milieux alluviaux,
la nappe est fortement soumise au fleuve ; aussi il faut connaître
la part respective des arrivées d'eau en fonction de leur origine.
Pour cela, nous avons utilisé les chlorures comme traceurs hydrochimiques.
En effet, les chlorures sont des anions que l'on trouve naturellement
et en abondance dans les eaux souterraines (en moyenne 100 mg/1 dans l'eau
des sites d'étude) alors qu'ils ne sont présents qu'à
une faible concentration dans l'eau de Garonne (en moyenne 10 mg/1). Les
chlorures ont la particularité d'avoir le même comportement
hydrochimique que l'azote dans le milieu hydrogéologique mais ils
sont conservatifs, ils n'entrent pas dans le cycle biogéochimique
et ne sont pas utilisés par les végétaux ou les micro-organismes
dans leurs processus vitaux. En utilisant comme "référence"
les puits témoins en zone de culture et la Garonne, nous pouvons
facilement connaître la proportion d'eau de Garonne dans la nappe.
[Cl] puits témoin - [Cl] Garonne Nous présentons, dans le tableau 1, les résultats moyens des mesures d'eau de Garonne dans l'eau de nappe. La très grande variabilité dans les mesures montre que les eaux souterraines des sites étudiés ont une origine garonnaise variant dans une proportion de 0 à 95% selon la saison. Globalement, le mélange (nous préférons le terme de mélange à celui de dilution qui consiste à étendre d'eau pure une dissolution ou encore de délayer une substance dans un liquide. Ici, nous avons dissémination réciproque d'eau d'origine et de concentration différentes.) est fonction du niveau de la Garonne et confirme le degré de soumission de la nappe au fleuve. En moyenne, c'est 30% d'eau de Garonne qui est mélangée à l'eau de nappe. En période d'étiage, le niveau de mélange baisse dans tous les transects et devient même nul dans certains d'entre eux. Ces fondements hydrogéologiques vont servir de support à notre réflexion sur le transport transversal des nutriments et sur la qualité physico-chimique des eaux souterraines. Mis à part les phases de crue stricto sensu (montée de la Garonne), lesquelles ne concernent que quelques dizaines d'heures par an, nous avons acquis la certitude que ces eaux souterraines s'écoulent globalement des terroirs agricoles vers le fleuve en traversant les zones humides inondables et les boisements riverains. |
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| Chlorures Garonne (mg/l) |
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| Chlorures puits témoin (mg/l) |
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| Eau de Garonne prairie | |||
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entrée |
78 % |
81 % |
73 % |
| Eau de Garonne peupleraie haute | |||
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entrée |
33 % |
49 % |
0 % |
| Eau de Garonne peupleraie basse | |||
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entrée |
34 % |
59 % |
O % |
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| Chlorures Garonne (mg/l) |
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| Chlorures puits témoin (mg/l) |
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| Eau de Garonne jeune peupleraie | |||
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entrée |
69 % |
88 % |
46 % |
| Eau de Garonne ripisylve | |||
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entrée |
80 % |
88 % |
71 % |
On constate tout d'abord un phénomène général: le taux d'azote sortant des transects est toujours inférieur au taux entrant, à deux exceptions près: peupleraie basse le 24-2-94 et peupleraie haute le 13-4-94 - explicables par une submersion ponctuelle. Parfois cette différence se situe dans une forte proportion (le 2 août dans la peupleraie basse); parfois elle est plus modeste (le 10 février dans la peupleraie haute).
Toutefois, une simple lecture des données du type "entrée/sortie du transect" ne signifie pas pour autant que la différence constatée implique un phénomène biologique, nous avons indiqué que les sites peuvent subir de fortes perturbations hydrologiques induisant des mélanges d'eau, donc des "pertes" d'azote (en fait, cet azote est simplement ''dilué" par l'eau du fleuve et ne quitte pas le milieu au sens d'une réelle épuration). Cette lecture ne tient pas plus compte de la part d'azote amenée par le fleuve et qui se trouve dans le mélange où l'on effectue les mesures.
| Date |
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| Mesure puits témoin |
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| Mesure Garonne |
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| Mesuré sortant |
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Tableau 2: Concentration d'azote calculé sur les cinq sites.
Le prélèvement biologique correspondant à un piézomètre donné est égal à la concentration d'azote mesuré dans ledit piézomètre ([N-NO3- mesuré) diminué de la part éventuellement liée au mélange d'eau ([N-NO3- calculé]), soit:
Il est dès lors possible de connaître le prélèvement biologique entre l'entrée et la sortie du transect.
| Prélèvement biologique / transect = | ([mesuré]-[calculé]) - ([mesuré]-[calculé] |
| piézomètre entrée piézomètre sortie |
Le tableau 3
rassemble les résultats du prélèvement biologique
sur les cinq sites.
Le prélèvement biologique moyen d'azote à la nappe
est réalisé sur tous les sites, mais l'intensité
de prélèvement n'est pas la même sur chacun d'eux.
Sachant que le prélèvement biologique peut être le
fait de l'absorption racinaire et/ou de la dénitrification microbienne,
il nous paraît maintenant nécessaire de quantifier la part
de la dénitrification. Aussi, sur des profils de sol de 2 m, nous
avons recherché quelle pouvait être la part de dénitrification
microbienne dans le prélèvement biologique observé.
| Date |
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| Calculé entrant |
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| Calculé sortant |
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| Calculé entrant |
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| Calculé sortant |
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| Calculé entrant |
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| Calculé sortant |
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Tableau 3: Prélèvement biologique entre l'entrée et la sortie des sites
La dénitrification a été étudiée in situ sous les mêmes couverts végétaux (méthode Yoshinari-Knowles, 1976). Dans chacun des 2 sites (Monbéqui et Castelsarrasin), ont été sélectionnées et délimitées 4 placettes représentatives des diverses conditions bio-pédologiques. Des prélèvements ont été effectués tous les 20 cm jusqu'à 2 m de profondeur à chaque saison de l'année (Ruffinoni et al., 1994).
Les taux de dénitrification sont plus élevés au printemps et en automne. Ces différences peuvent certainement être imputées aux variations de conditions d'anaérobiose dans les sols. En effet, la plupart du temps (environ 300 jours par an) la nappe se trouve 2 m au-dessous du niveau du sol alors qu'au printemps et à I'automne, surtout dans les zones basses, les teneurs en eau du sol sont importantes et favorisent donc les conditions d'anaérobiose du milieu. L'apparition de périodes plus sèches (avril et septembre) associées à une texture graveleuse montrent que ces horizons ont un fonctionnement globalement aérobie.
Nous présentons,
en regard des courbes de dénitrification "in situ", un
schéma représentatif moyen des profils texturaux réalisés
en même temps que la prise des carottes de sol. Sur ces schémas
figure la fluctuation de la nappe au cours de la période d'étude.
Les fluctuations que nous considérons ici s'appuient sur 90% des
données mesurées, les situations extrêmes ayant été
supprimées (période de crue et de sécheresse). Pour
toutes les placettes, le niveau moyen de la nappe est situé dans
des sédiments graveleux, ce qui signifie que la nappe fluctue le
plus souvent dans un profil perméable et aéré. Nous
savons par ailleurs que l'activité microbienne dénitrifiante
est liée à l'engorgement des sols (Schnabel, 1986; Pinay,
1986; Warwick et Hill, 1988; Cooper, 1990; Fustec et al., 1991; Ruffinoni,
1991; Pinay et al., 1992; Haycock et al., 1993; Jordan et al., 1993).
En considérant les fluctuations annuelles de la nappe, nous voyons
que ces sites sont rarement en situation d'anaérobiose. La structure
poreuse et bien aérée des sols des stations empêche
donc l'anaérobiose, sauf au cours des périodes de submersion
qui sont très fugaces, et explique la faible activité dénitrifiante
que nous avons mesurée. De plus, il est admis (Thurman,1985, Bernard
et al., 1994 ) que les nappes sont généralement pauvres
en carbone ce qui entraîne de faibles chances d'avoir de la dénitrification
en profondeur.
Sous les différents sites étudiés, les concentrations
de Carbone organique dissous mesurées dans la nappe phréatique
oscillent entre 0,75 et 2,5 mg/l.
Nous avons vu que l'azote est présent en grande quantité dans les eaux de nappe mais que le taux d'azote baisse en raison du mélange entre cette eau et l'eau du fleuve. Par ailleurs, les bilans entrée/sortie montrent qu'une autre partie de l'azote quitte le système par prélèvement biologique, et que la dénitrification microbiologique ne peut se réaliser dans les sites. Ces éléments nous permettent de penser que l'azote est prélevé au système essentiellement par la végétation.
Le taux d'azote baisse entre l'entrée et la sortie de tous les transects, mais les mesures de prélèvement biologique reflètent des concentrations à un instant donné. Il s'agit d'une image statique de la situation qui ne nous permet pas à elle seule de chiffrer l'ensemble du prélèvement biologique sur une période de 1 jour, 1 semaine, 1 mois... Pour avoir une image dynamique du prélèvement, il est nécessaire de connaître les flux qui transitent. Ces flux d'eau, d'un volume moyen par unité de temps et d'une concentration également moyenne, vont nous révéler la masse globale d'azote prélevée ou non par l'écosystème. Il est ainsi possible de comparer l'action des différents couverts végétaux (prélèvement par m² de formation végétale).
Pour connaître
le prélèvement de tel ou tel type de formation végétale,
il faut mesurer la différence entre les flux d'azote à l'entrée
et à la sortie de chaque transect.
(F entrée) - (F sortie).
A cette fin, nous avons utilisé la formule : F = [N-NO3-] x Qw
, dans laquelle
Les débits moyens annuels de la nappe sont de: 0,0194 m3/s pour les peupleraies et de 0,0163 m3/s pour la prairie naturelle à la station de Castelsarrasin et de 0,0108 m3/s pour la peupleraie et la ripisylve à la station de Monbéqui. Toutefois, le prélèvement est calculé en fonction du débit connu pour chaque date à laquelle il se rapporte. La figure 6 et le tableau 4 rassemblent les résultats.
Les mesures montrent clairement que le prélèvement est effectif, avec plus ou moins d'importance, dans tous les sites.



| Date | 10/02 | 24/02 | 9/03 | 16/03 | 30/03 | 13/04 | 4/05 | 25/05 | 5/06 | 2/08 | Moy. |
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| Prélèvement biologique | -0.3 | 4.0 | 3.6 | 2.0 | 2.3 | 5.5 | -2.1 | 1.9 | 2.2 | -3.1 | 1.6 |
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| Prélèvement biologique | 0.2 | -1.2 | 0.3 | 0.1 | 0.6 | 0.0 | 1.3 | 1.4 | 0.5 | -0.2 | 0.3 |
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| Prélèvement biologique | 5.4 | 0.9 | 3.1 | 5.8 | 6.0 | 4.3 | 5.4 | 5.4 | 4.6 | 5.7 | 4.7 |
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| Prélèvement biologique | -1.5 | 5.9 | 5.4 | 4.4 | 5.1 | 0.3 | 2.5 | 3.8 | 1.7 | 2.7 | 3.0 |
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| Prélèvement biologique | 3.4 | 0 | -1.3 | 1.2 | 4.5 | 6.0 | 3.0 | 6.6 | 7.8 | 12.7 | 4.4 |
On remarque un
prélèvement biologique le 12 février pour la ripisylve
et la peupleraie basse, et dans une moindre mesure la jeune peupleraie
et la prairie.
Nos mesures montrent que le prélèvement végétal est effectif, avec plus ou moins d'importance, dans tous les sites. Nous pouvons ainsi comparer sur une même base le prélèvement végétal moyen, par jour et par m². Le tableau 5 résume ces prélèvements. La ripisylve est incontestablement le site dans lequel le prélèvement est le plus efficace. Il est intéressant de comparer ce site avec celui de la prairie qui lui est diamétralement opposé. La ripisylve prélève 38 fois plus d'azote à la nappe que la prairie, toutes choses égales par ailleurs. A notre avis, seule la capacité d'absorption de la végétation fait la différence.
| Formation végétal | Prélèvements moyens (g de N-NO3-/m²/j) |
| Ripisylve | 0,38 |
| Peupleraie basse | 0,25 |
| Peupleraie haute | 0,19 |
| Jeune peupleraie avec apports d'azote | 0,04 |
| Prairie | 0,01 |
Les deux sites où
sont implantés des peupleraies mâtures réagissent
en fonction de la proximité de la nappe. Lorsque la nappe est haute
(moins de 2 m de profondeur) le taux d'azote prélevé moyen
est le même (O,25 g/N-NO3-/m²/j le 30 mars et le 4 mai).
Lorsque la nappe baisse (à partir de fin mai, plus de 2,5 m) le
niveau de prélèvement augmente régulièrement
dans la peupleraie basse, dont le système racinaire reste en contact
avec la nappe ou sa frange capillaire, alors qu'il ne cesse de diminuer
dans la peupleraie haute, où le système racinaire est de
plus en plus déconnecté de la nappe. Ici, seule la variation
du niveau de nappe peut expliquer ces différences: dans la peupleraie
haute, le toit de la nappe se situe en moyenne à 4 m du niveau
du sol, alors que dans la peupleraie basse il est en moyenne à
2,50 m.
La jeune peupleraie et la prairie ne peuvent prélever de l'azote
à la nappe que lorsque celle-ci est proche de la surface (moins
1,5 m en février pour la jeune peupleraie et moins 1,40 m en mai/juin
pour la prairie). Dès que la nappe baisse au-delà de 2 m,
le prélèvement devient insignifiant.
La ripisylve et les peupleraies mâtures sont capables de prélever
de l'azote à la nappe au cours de la période d'étiage.
Le prélèvement ne faiblit que lorsque la nappe descend au-dessous
de ce que l'on peut qualifier de "pallier de déconnexion du
système racinaire" (peupleraie haute et ripisylve) Nous en
avons la confirmation en comparant la peupleraie haute et la peupleraie
basse dont le système racinaire n'est jamais déconnecté
de la nappe ou de sa frange capillaire. Cette dernière poursuit
et amplifie son prélèvement pendant la période d'étiage
alors que la peupleraie haute le réduit dans le même temps.
Ces résultats sont proches de ceux publiés par Weisner et al. (1994) qui, travaillant sur des phragmites (Phragmites australis) montrent que ces végétaux sont capables de prélever entre O,4 et 1 g/N-NO3-/m²/j du printemps à l'automne.
La grande porosité du matériau aquifère ne permettant pas l'installation durable de conditions anaérobies, l'azote qui transite dans les eaux souterraines est principalement prélevé par le système racinaire des formations végétales. Même si toutes les formations végétales n'ont pas la même efficacité elles constituent un filtre épurateur efficace.
La végétation des sites sur lesquels nous avons travaillé montre une capacité à prélever de l'azote à la nappe, mais toutes les formations ne le font pas avec la même intensité dans l'espace et dans le temps.
Dans un grand hydrosystème, la baisse du taux d'azote par mélange d'eau est un important phénomène. De plus, la capacité de prélèvement d'azote par la végétation est très dépendante des conditions hydrologiques. Toutefois, nous montrons qu'en moyenne une ripisylve non arborée est capable de prélever 0,38 g/N-NO3-/m²/j et qu'une peupleraie dont le système racinaire reste constamment connecté à la nappe est capable de prélever en moyenne O,25 g/N-NO3-/m²/j entre janvier et août.
Cependant, les pompages excessifs en Garonne et en nappe (la plaine alluviale garonnaise compte environ un puits à l'hectare), les dragages en lit mineur (Beaudelin, 1989), et les rétentions en amont du bassin (barrages réservoirs contribuent au maintien d'une nappe basse (Pautou et Bravard, 1982; Pautou, 1983; Pautou et Décamps, 1985).
La conservation d'un niveau de nappe compatible avec un prélèvement par les végétaux est donc un préalable à toute action visant à restaurer le milieu alluvial. Par ailleurs, une forêt capable de développer un système racinaire susceptible de s'affranchir des contraintes hydrologiques (c'est-à-dire dont le système racinaire reste constamment capable de puiser l'azote dans la nappe), doit avoir la capacité d'épurer plus efficacement et régulièrement les eaux de sous-écoulement chargées d'azote.
Les deux stations que nous avons étudiées ne sont pas des cas isolés dans la vallée de la Garonne. Bien d'autres sites sont comparables, sur le plan géomorphologique et hydrologique. Nous avons essayé de les répertorier tout au long des 56 km d'axe fluvial qui séparent la sortie de Toulouse et la confluence du Tarn (soit 112 km de berges). Nous avons écarté les rives et sites configurés en lobe de méandre (cap), falaise fluviale, banquette alluviale isolée, confluences ...pour lesquels l'hydrogéologie se présente de façon différente.
Après cette élimination, il reste environ 70 kilomètres de sites comparables à ceux que nous avons présentés, et pour lesquels les eaux de nappe peuvent rejoindre le fleuve. C'est ainsi que l'on peut estimer à 3 m3/s environ la contribution moyenne de la nappe à la Garonne pour le trajet de la sortie de Toulouse à la confluence du Tarn, ce qui est loin d'être négligeable en égard au débit d'étiage fluvial (en moyenne 40 m3/s). Compte tenu de la contribution moyenne de la nappe au fleuve, de la sortie de Toulouse à la confluence du Tarn, ce sont 5,6 tonnes d'azote qui pourraient être prélevées quotidiennement par la végétation (dans le cas de ripisylves de 50 m de largeur et sur une base raisonnable de 0,40 g de N-NO3-/m²/j). On mesure ainsi tout l'intérêt du maintien des ripisylves.
La création ou la restauration de zones tampons en milieu alluvial (Figure 6a) ouvre d'intéressantes perspectives d'utilisation des boisements comme filtres naturels, en particulier pour les nitrates(Petersen et al., 1992; Haycock et al.19g3, Haycock et Pinay, 1993; Vought et al., 1996).
Malheureusement, les paysages d'une partie du sud-ouest de la France ressemblent plus à de "vastes toboggans" sans végétation arborée qu'à des structures bocagères (figure 6 b). La zone riveraine étant le réceptacle des versants, l'excès d'azote dans la plaine d'inondation est souvent la conséquence de l'absence ou du dysfonctionnement des processus de résorption en amont. Il convient donc de faire une approche globale du système, d'ailleurs de plus en plus développée dans le concept d'écologie du paysage (O'Neil et al., 1986; Golley, 1987; Baudry, 1988, Lefeuvre et Barnaud, 1988; Blandin et Lamotte, 1988, Décamps et Leleuvre, 1992).
A l'échelle du bassin versant, nous préconisons de diminuer les fortes quantités de nutriments qui entrent dans la zone alluviale en créant un maillage de haies capable d'intercepter, dès l'origine, les eaux encore faiblement chargées d'azote (figure 6 c). Cela éviterait l'effet d'accumulation et préserverait les zones riveraines des fortes charges polluantes qui les "engorgent" et s'épanchent directement dans le fleuve. Placées au pied et aux abords des talus, à l'aval immédiat de la source polluante (où les écoulements souterrains sont proches de la surface et les sols souvent ingrats et difficiles à mettre en culture), ces haies joueraient un rôle de filtre/piège vis-à-vis des nitrates qui percolent pendant les pluies et sont entraînés par les eaux du sous-écoulement. Elles seraient également un obstacle à l'érosion, surtout à l'occasion des grosses pluies de printemps survenant sur les labours et juste après l'épandage d'engrais (Boiffin et al., 1986; Duchaufour, 1970, 1991; Lambert, 1981).
Ce travail nous a permis de préciser quelles étaient les conditions de fonctionnement écologique de milieux alluviaux face aux perturbations causées par des surcharges en azote dans un grand système fluvial: l'hydrosystème garonnais.
On retiendra que les phénomènes qui régissent les problèmes de dépollution naturelle des eaux dans les écotones doivent être abordés avec beaucoup d'humilité tant ils sont complexes, fortement liés les uns aux autres, et souvent régis par des facteurs sur lesquels l'homme n'a pas prise. Aussi, il est toujours préférable d'éviter une pollution plutôt que d'être obligé de la résorber par la suite.
Néanmoins, dans la zone riveraine où nous avons travaillé, une jeune ripisylve est capable de prélever en moyenne 0,38 g d'azote/m²/j entre janvier et août, soit 38 fois plus qu'une prairie pâturée, 25 fois plus qu'une jeune peupleraie, 2 fois plus qu'une peupleraie placée sur un site élevé, et 1,5 fois plus qu'une peupleraie en rapport avec une nappe phréatique plus superficielle. Ainsi, compte tenu de la contribution moyenne de la nappe au fleuve de la sortie de Toulouse à la confluence du Tarn (estimée à 3 m3/s), ce sont 5,6 tonnes d'azote qui seraient prélevées quotidiennement par la végétation (pour des ripisylves de 50 m de large et une longueur de 56 km). On comprend ainsi l'intérêt de la préservation des ripisylves en zone alluviale.
Il apparaît donc clairement que les formations végétales peuvent puiser directement l'azote qui circule dans les eaux de nappe. Mais la capacité de la formation végétale à prélever l'azote est fonction de la distance sol/toit de nappe donc du niveau hydrologique du site. Au-delà de 2,5 à 3 m de profondeur il y a déconnexion du système racinaire. Aussi, nous pensons qu'une forêt alluviale capable de développer un système racinaire susceptible de s'affranchir des contraintes hydrologiques, doit avoir la capacité d'épurer encore plus efficacement et régulièrement les eaux de sous-écoulement chargées d'azote. La complémentarité et la diversité des communautés de végétaux à bois tels que les saules (Salix alba, S.triandra), l'aulne (Alnus glutinosa), les peupliers (Populus alba, P. nigra) dans la frange la plus proche du fleuve et des végétaux à bois dur tels que les chênes (Quercus robur et Q. pubescens), les frênes (Fraxinus excelsior et F. angustifolia), I'orme (Ulmus minor), l'érable (Acer negundo) dans la zone moins inondée, permettraient certainement un prélèvement important et régulier.
Nous pensons qu'une solution simple et facile à mettre en uvre, comme la restauration de ripisylves composites en zone alluviale et de haies en rupture de pente le long des versants, peut limiter les pollutions azotées diffuses dans les zones à forte productivité agricole.