 |
Aménagement
de l'espace rivière : le SMETAP Rivière Dordogne
|
 |
Issu
d'un article paru dans la revue de l'Agence de l'Eau Adour-Garonne n°65,
hiver 95
Le
SMETAP Rivière Dordogne couvrait alors un secteur plus réduit
et se nommait SIETP Berges de la Dordogne
Des montagnes
volcaniques du Puy de Sancy au Bec d'Ambes où elle fusionne avec
la Garonne pour former l'estuaire de la Gironde, la Dordogne constitue
un écosystème remarquable en même temps qu'un axe
économique vital.
Dordogne multiple
Dans
sa partie périgourdine -le Périgord noir -, elle développe
un lit très riche en biotopes variés
où alternent radiers, rapides et fosses profondes. De forts méandrements
- les cingles -qui conduisent à
la formation de bras morts -ou couasnes -
alimentés en eau en période de crues, ainsi qu'une succession
de zones érosives et alluvionnaires, caractérisent un secteur
en constante transformation.
La vallée offre des paysages
multiples façonnés par une agriculture
diversifiée et intensive, alternant avec des espaces
naturels à forte valeur écologique. Les cultures
sont axées sur le tabac, le maïs et les vergers; elles côtoient
des prairies permanentes et des peupleraies.
Le sol filtrant, constitué
de sables limoneux, est fragilisé par
les fluctuations du niveau de la Dordogne dont les berges,
en particulier les berges non végétalisées
et hautes, présentent de ce fait des atteintes. Par
ailleurs, le ruissellement et le lessivage
répétés des espaces cultivés s'avèrent
des sources d'érosion (en berge
et en vallée) et de pollution.
Enfin, les biotopes de transition des zones
rivulaires, biologiquement riches, sont en régression.
Autant de raisons d'entourer cet " espace rivière " de
mesures de protection de nature à concilier la préservation
des biotopes et l'exercice des activités économiques qui
sont celles du secteur.
C'est à cet effet en 1980 que le Syndicat
Intercommunal d'Etudes et de Travaux de Protection des Berges de la Dordogne
a été crée. Il est constitué alors de cinq
communes : Le Buisson-de-Cadouin (2 000 habitants), Siorac en Périgord
(900 hab.), le Coux et Bigaroque (700 hab.) Badefols sur Dordogne (200
hab.) et Urval (120 hab.) et couvre une longueur totale de 25 kilomètres
de berge.
Données de la Dordogne
Débit
moyen : 200 m3/s
- en étiage
: 30 m3/s
- en crue : 1 900
m3/s
Largeur(max)
: 120 m
Longueur : 475 km
Lit à fond
mobile
Rivière du
Domaine Public Fluvial
Qualité de
l'eau : 1 B
Deuxième
catégorie piscicole
Axe migrateurs prioritaire
"axe bleu", mesure A22 du S.D.A.G.E.
Milieux aquatiques
remarquables "zones vertes", mesure A3 du S.D.A.G.E.
L'évolution d'une structure vers une démarche
multicritères
Le
Syndicat a été confronté dès l'origine, à
des problèmes d'érosion
et de perte de terres agricoles ainsi
qu'à la dégradation de la qualité
de l'eau de la rivière et de la nappe. Cette dernière
notamment, sollicitée pour l'alimentation en eau potable, délivrait
des eaux dont la teneur en nitrates frôlait le seuil limite des
50 mg/l.
Enrochements, épis et gabions furent les premières solutions
apportées aux érosions constatées. Elles s'avérèrent
rapidement insuffisantes à répondre à la complexité
des problèmes. L'érosion est parfois déplacée
et projetée sur la rive opposée; ou bien ce sont les dégâts
à réparer qui ne se situent pas forcément sur le
lieu de leurs causes.
Se fit jour alors une prise de conscience des interactions
entre l'amont et l'aval, la rivière et la ripisylve, la rivière
et son bassin versant.
Pour étayer plus scientifiquement son programme d'actions, le syndicat
sollicita alors le CEMAGREF et le CNRS pour la réalisation d'études
approfondies sur le sujet.
Ces études, financées en partie par les ministères
de l'Environnement et de l'Agriculture, par l'Agence de l'Eau et le Conseil
Régional, convergèrent sur une typologie
d'actions à mener. Les préconisations portaient
notamment sur la restauration de
la ripisylve et la création
d'une zone tampon entre l'espace
cultivé et la rivière. Ces zones tampons peuvent être
utilisées pour la conservation des zones humides et des bras morts,
pour l'expansion des crues. Elles permettent également de lutter
efficacement contre la pollution de l'eau, favorisent la sauvegarde des
milieux et des espèces menacées et contribuent fortement
à conforter l'aspect paysager de la vallée.
Les acteurs du développement socio-économique
et les exploitants riverains ont fait leur cette préoccupation
environnementaliste de gestion d'un espace fragile d'autant mieux que
l'analyse financière en démontrait la rentabilité,
tant pour le propriétaire que pour la collectivité.
Facettes d'une action globale et concertée
Suite à ces études, le syndicat lançait un programme
"Amélioration de la qualité de l'eau". Il comprenait
trois volets: l'aménagement de l'espace rivière, l'insertion
sociale et la formation-information.
L'aménagement
de l'espace rivière
Un ensemble d'initiatives ont été prises:
La gestion et le suivi de la ripisylve
La revégétalisation
par génie végétal
La création,
entre l'espace cultivé et la rivière, d'une zone tampon
de plusieurs hectares, plantée de chênes, de frênes,
de platanes, d'aulnes, de noyers,
d'érables. Des conventions ont été
signées avec des agriculteurs riverains pour une autre gestion
de la bande rivulaire.
La
restauration des habitats piscicoles et des zones humides. La réouverture
du bras mort de Bigaroque, lieu d'abri, de nourriture et de reproduction
pour les poissons, ainsi que le nettoyage des passes d'alimentation
des couasnes en sont deux exemples concrets.
Les
emplois verts
En 1993, le syndicat a engagé un technicien
de rivière qui, dans un premier temps diagnostique et fait
un état des lieux de la rivière, puis programme et conçoit
les interventions à venir tout en assurant l'encadrement et la
formation d'une équipe de trois à seize personnes sous
Contrat Emploi Solidarité.
Cette équipe, ayant reçu une formation qualifiante (CAP
entretien de l'espace rural), est chargée d'effectuer les travaux
de mise en valeur du patrimoine naturel : restauration des berges de
la rivière, création de sentiers de découverte,
restauration des habitats piscicoles, aménagements recourant
à des techniques issues du génie
végétal, dégagement
de sites historiques (cales, pêcherie), lutte contre les ragondins
et espèces végétales indésirables.
L'information
et la formation
Des réunions publiques auxquelles étaient conviés
élus et structures agricoles ou auprès des propriétaires
riverains, des formations destinées aux agriculteurs sur une
gestion environnementaliste et sur l'agro-tourisme, l'accueil de stagiaires ( de la 4ème au DESS),
la réalisation d'un Système d'Information Géographique
sur la vallée et d'une vidéo didactique: " Gestion
du lit majeur " ont beaucoup contribués à l'émergence
d'un état d'esprit propice à un déroulement cohérent
des actions conduites.
Problèmes généraux
C'est donc dans une perspective élargie d'un "développement
de vallée" que le Syndicat et ses différents
partenaires ont mené leurs actions. Entreprises,
agriculture et tourisme ont compris que leur intérêt
se confondait avec l'application de mesures environnementales:
les entreprises en consolidant leur rôle sur ces nouveaux marchés
de l'aménagement de l'espace et de l'utilisation
rationnelle des ressources du milieu naturel; l'agriculture,
pouvant escompter un bénéfice direct
ou indirect de l'utilisation des terrains rivulaires pour les
jachères fixes, des mesures agri-environnementales, du Fonds de
gestion pour l'entretien de l'espace ou encore de la réduction
des intrants; les collectivités territoriales, du fait même
de l'amélioration de la qualité de l'eau, qu'elle soit distribuée
aux usagers ou rendue apte aux loisirs, du fait des opportunités
d'insertion sociale offertes par ces programmes, ou encore en raison des
potentialités intégratrices qui sont les leurs.
Vers une application élargie
La méthode de travail définie
dans son objet particulier par le syndicat a semblé pouvoir être
étendue à la protection civile contre les crues, à
l'amélioration de la qualité de l'eau, à la restauration
des habitats piscicoles, à la stabilisation des berges et aux différents
aménagements.
Aussi, le groupement de Bordeaux du CEMAGREF a t-il été
mandaté pour procéder au suivi écologique des actions
afin d'étendre l'expérimentation sur la partie de la rivière
présentant des faciès semblables, c'est-à-dire toute
la moyenne vallée, cette " Dordogne quercinoise et périgourdine
" qui commence vers Bretenoux (46) et finit vers Mauzac et Grand-Castang
(24), soit 150 km de rivière.
Ainsi, en engageant une caution scientifique
nécessaire en la matière, mais aussi dans un grand souci
de concertation, d'information et de participation de l'ensemble des riverains
sans lequel sans doute il n'aurait pas reçu le même écho,
un programme d'actions de sauvegarde de la rivière s'est mis en
place dans ce qu'elle a de plus précieux car de plus fragile. Le
Syndicat des berges de la Dordogne aura-t- il uvré à
la préservation si nécessaire d'un patrimoine naturel de
qualité, en même temps que suscité l'éclosion
d'une perspective réelle de développement de la vallée
qui a, sans nul doute, valeur d'exemple.
|